pen icon Colloque
quote

Extraire la vie du monde iyiyiw: personnes, relations et intimités sociocosmologiques

PW

Membre a labase

Paul Wattez : Université d'Ottawa

Résumé de la communication

Les ressources naturelles ne sont pas des ressources naturelles pour les Autochtones et les effets de leur extraction ne sont pas similaires à ceux dans le monde occidental. À partir des enseignements des Iyiniwch de Waswanipi, je propose de présenter ce que peuvent être les ‘ressources naturelles’ et particulièrement la ‘forêt’ dans le monde iyiniw en termes de personnes, de relations et d’intimités sociocosmologiques. Ces éléments du monde iyiniw éclaircissent les conceptions iyiniwch du ‘bien-vivre’ (miyupimaatisiiun) qui ressortent de ces multiples projets forestiers dont est l’objet aujourd’hui mishigamish (‘grand océan’ en iiyiyuu ayimuun), à la fois lieu de vie d’une famille iyiniw et une des dernières forêts matures à haut potentiel résineux pour l’industrie forestière. Les débats, dilemmes et tensions entre Iyniwch autour de leur participation aux coupes forestières ailleurs sur Iyniw Astchee, le territoire de Waswanipi, confirment la complexité des choix à faire dans le monde iyiyiw tout en réaffirmant la vitalité du cadre sociocosmologique. L’objectif de ma présentation est de penser l’extractivisme et ses impacts d’après les réalités et enjeux ontologiques à l’oeuvre dans le monde iyiyiw et de mieux comprendre comment à travers cette complexité forestière les conceptions de miyupimaatisiiun opèrent, soit non pas seulement selon un bien-être mais aussi, simultanément, comme un bien-faire, une éthique des actions d’être et de faire comme je le propose.

Résumé du colloque

L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).

Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).

Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.

Objectifs du colloque

  1. Analyser de façon critique et constructive le concept d’extractivisme pour voir ses angles morts ou limitations et proposer de nouvelles facettes ou utilisations théoriques;
  2. Analyser de façon critique les processus d’extraction des ressources naturelles et humaines afin d’en comprendre les dynamiques;
  3. Explorer les réponses aux extractivismes qui émergent à proximité des sites d’extraction ou en réaction aux projets extractifs;
  4. Examiner et discuter les différentes mutations de l’extractivisme contemporain dans les discours politiques.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 8 mai 2023

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :