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Benjamin Levy : Université Grenoble Alpes
Un nombre croissant d’études mobilisent le concept d’extractivisme agraire afin de définir l’organisation et les effets des complexes agro-industriels dans le Sud global. Dans la lignée de la géohistoire du travail à la périphérie et des études rurales, de nombreux auteurs ont centré leurs recherches sur les effets de ces économies sur l’exploitation du travail et les relations entre groupes sociaux au sein des espaces de production. Toutefois, peu de recherches ont porté spécifiquement sur la conflictualité sociale et les violences collectives qui peuvent émerger en contexte extractiviste. L’histoire des plantations de banane du nord-Magdalena offre l’illustration typique de l’extraction de grands volumes de ressources du Sud global ; du contrôle de groupes économiques du Nord global ; de l’épuisement des ressources naturelles et d’une rétribution minimale du travail salarié. Elle fut marquée, de manière plus singulière, par d’intenses affrontements armés et par l’interaction, au cours des années 1990, d’acteurs armés. Bien que ces phénomènes aient été déterminés par le contexte socio-politique local et national, je montrerai, premièrement, qu’ils furent stimulés par un développement économique basé sur la concentration des terres et la surexploitation du travail et secondement, que la violence constitua non pas une externalité négative mais un instrument de consolidation de l’extractivisme agraire.
L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).
Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).
Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.
Objectifs du colloque
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