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Geneviève Sellier, L’amour dans les dramas sud-coréens, expression d’un féminisme populaire

GS

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Geneviève Sellier : Université Bordeaux Montaigne

Résumé de la communication

Depuis environ deux décennies, les séries sud-coréennes ou « dramas » ont trouvé un public dans le monde entier, essentiellement féminin et souvent populaire, grâce à leur capacité à traiter les sentiments en général et l’amour en particulier comme un processus de longue haleine, marqué par des échanges minuscules au sens dramatique, mais importants en termes psychologiques, par des regards et des paroles qui décrivent par le menu les interactions entre les personnages. Dépourvus de toute scène de sexe, ces dramas mettent l’accent sur les multiples interférences affectives qui compliquent la vie des personnages, très souvent féminins, soumis aux pressions familiales dans cette société encore très patriarcale, aux pressions d’un monde professionnel très hiérarchisé et totalement dominé par les hommes (toutes ces protagonistes travaillent, en général dans le secteur tertiaire).

Ces « dramas » écrits par des femmes scénaristes, rangés sous le terme anglophone de « romance », sont des séries closes comportant le plus souvent une seule saison de 16 épisodes, dont la force subversive est d’autant plus grande qu’elle se place du point de vue du personnage féminin, c’est-à-dire le plus soumis à toutes les formes de domination.

Résumé du colloque

Les séries télé sont exponentiellement présentes dans notre quotidien, comme en témoignent l’émergence de nouvelles plateformes de vidéo à la demande; la persistance de pratiques comme le visionnage en rafale; les représentations de plus en plus ouvertes aux thématiques de la sexualité ou de la diversité au petit écran, avec la visée parfois « éducationnelle » de celles-ci et les discussions qu’elles suscitent dans l’espace publique; ou encore la création de festivals dédiés. Pourtant, une perception des séries comme « mauvais objet d’attachement » ou « plaisir coupable » est encore courante. Le besoin identifié est de donner une plus grande cohérence aux connaissances au sujet des pratiques qui se développent autour de la culture des séries et, à proprement parler, de la dimension affective de l’attachement. Si des travaux sur la sériephilie existent, il est maintenant le temps d’étoffer ces réflexions à l’aune d’une présence accrue de ces phénomènes dans la vie de tous les jours, de leur statut de repère culturel partagé et de leur influence sur les imaginaires collectifs.

Quels outils pouvons-nous développer afin de mieux comprendre la place de l’amour dans notre relation avec les séries, devant et derrière l’écran ? En utilisant comme porte d’entrée l’exemple des représentations de l’amour et de l’intimité, nous discuterons des façons dont les séries nous communiquent un savoir sur notre forme de vie, sur nos relations, et mettent en scène celles-ci avec une grande complexité. En ce sens, les séries sont à appréhender comme des « modèles de conduite » qui stimulent, autant que la littérature, l’imagination morale et la réflexivité relationnelle (Murdoch, 1970). Ce colloque portant sur l’amour tel que les séries le représentent et sur l’amour des publics pour les séries vise à repenser ces enjeux comme foncièrement politiques, du moment où la représentation médiatique est une des composantes du changement social.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 8 mai 2023

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