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Julie Larochelle-Audet : Université de Montréal
De l’extérieur, les enseignantes et enseignants semblent avoir des conditions de travail similaires et des droits égaux. Une ethnographie institutionnelle (Smith, 2005/2018) menée à partir du point de vue d’enseignantes et enseignants de « groupes racisés » en début de carrière dans le réseau public à Montréal (14) a, au contraire, mis en évidence l’existence de catégories de personnels enseignants différenciés, ainsi que d’affectations en enseignement à la fois précaires et moins valorisées (Larochelle-Audet, 2019). L’analyse du cadre légal régulant l’accès à la profession enseignante et à une permanence d’emploi a permis de documenter l’ancrage institutionnel de l’importante fragmentation et hiérarchisation des statuts d’emploi dans ce secteur. Interprétés à partir de perspectives féministes (Collins, 2016; Guillaumin, 1972/2002 ; Hamrouni, 2012 ; Kergoat, 2005, 2010), les résultats de la recherche montrent comment les configurations hiérarchisées du travail enseignant sont propices à la reproduction du racisme dans cet emploi fortement féminisé. Depuis notre position de chercheuse blanche ayant une visée de justice sociale (Strega et Brown, 2015), nous identifierons à la fois les mécanismes propices au maintien des privilèges blancs dans l’institution éducative (James, 2015) et des stratégies pour y résister. Nous nous interrogerons en particulier sur la responsabilité et le rôle des personnes occupant des positions sociales dominantes à cet égard.
À l’échelle locale comme internationale, plusieurs encadrements législatifs protègent le droit à l’égalité et interdisent les discriminations raciales dans les institutions éducatives (Dhume, 2021). Malgré ces balises, les expériences des personnes de groupes racisés étudiant (élèves) (Collins, 2022), travaillant (personnel scolaire) (Adam, 2021; Larochelle-Audet, 2019) ou gravitant autour des écoles (familles, communautés) (Zayani, 2021) attestent l’actualité du racisme en milieu scolaire. Considérant que ce concept continue d’être souvent tenu pour illégitime dans les sciences sociales et humaines de tradition francophone (Garneau et Giraudo-Baujeu, 2018), ce colloque invite les chercheuses et chercheurs à présenter des résultats de leurs travaux permettant de documenter les configurations actuelles du racisme ainsi que les réactions et réponses des personnes y étant confrontées au quotidien. La mise en commun d’observations empiriques de niveaux d’analyse intermédiaires, croisant « macro/structure » et « micro/agentivité », contribue à saisir les formes toujours renouvelées de la domination qui empêchent des groupes de personnes de participer à la définition des institutions au sein desquelles elles posent leurs actions (Hamrouni, 2012). Elle permet également d’appréhender la pluralité et la complexité des matrices de résistance que les personnes confrontées aux structures de domination y opposent (Collins, 2016). Pour sortir d’une épistémologie de l’ignorance, aveugle aux rapports sociaux et de domination (Strega et Brown, 2015), les chercheuses et chercheurs seront invités à rendre explicite la perspective à partir de laquelle le savoir présenté a été produit (Benhadjoudja, 2015). Cette reconnaissance est essentielle à la construction d’un savoir collectif pouvant contribuer à davantage de justice raciale dans les institutions éducatives (Collins, 2009).
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