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Humaniser l’éducation

JD

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Jean-François Dupeyron : Université de Bordeaux

Résumé de la communication

La formule de Kant – l’humain ne devient pleinement lui-même que par l’éducation – désigne un double problème : celui du produit de l’éducation (quel humain devient-on ?) et celui des moyens de l’éducation (comment éduquer ?) En effet, la fonction éducative, dans les sociétés, est remplie selon des modalités très diverses et avec des objectifs parfois contradictoires. S’agit-il d’émanciper ou de « gouverner les enfants » (Foucault) ? Si généralement nous considérons que l’accès à l’éducation fait partie des droits de l’humain, nous oublions trop souvent que sous le terme d’« éducation » sont rangés des processus très divers, dont certains ne relèvent que de l’adaptation sociale ou du conditionnement idéologique. Dewey opposait donc l’éducation comme technique de production ou d’« entraînement », et l’éducation comme opportunité d’émancipation individuelle et sociale. Ainsi, si l’éducation est bien ce qui peut humaniser, encore s’agit-il inversement d’humaniser l’éducation dans l’optique d’une pleine et entière subjectivation de chacun.

Nous étudierons ce souci d’humanisation de l’éducation en nous référant de façon critique aux travaux d'Ingold (L’anthropologie comme éducation, 2018), qui posent une équivalence forte entre éducation et anthropologie. Selon Ingold, il s’agit là de deux manières de vivre avec les autres et il conviendrait de rapprocher davantage les pratiques éducatives de ce qu'enseigne l’anthropologie sociale. http://jf-dupeyron.fr/

Résumé du colloque

Notre travail interroge les pratiques d’humanisation, entendues comme ce qui humanise, rend humain, apporte de l’humanité. Elles concernent des dimensions très générales de la vie humaine (l’éducation, la socialisation, la transmission, la relation) et des activités situées (la construction éthique, les relations sociales et professionnelles, la médecine…). Certes, la notion d’humanisation peut relever du pléonasme, car toute activité humaine, y compris la plus cruelle et déréglée, est… humaine. « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », rappelait Montaigne pour condamner le rejet des « autres » dans la sous-humanité.

Mais ce pléonasme apparent désigne aussi une tâche qui, peut-être, définit l’humain : tenter de réaliser une certaine idée de soi, porteuse de principes dits « humanistes », pour que les sociétés, les milieux professionnels, les relations internationales tempèrent leur violence potentielle grâce à des pratiques respectueuses de la personne. Il s’agirait par exemple d’« humaniser » la médecine ou l’économie afin que ces activités ne finissent pas, paradoxalement, par nier l’humain, comme si le meilleur ennemi de l’humain était lui-même.

Nous étudions des exemples tels que : les arts dans la formation médicale pour l’humanisation des soins et la reconnaissance des « questions existentielles »; l’expérience esthétique dans la relation thérapeutique comme reconnaissance intersubjective; le souci de politiques éducatives visant l’humanisation, et non une simple « humanitarisation » que dénonçait Freire et que les études décoloniales ne cessent de révéler; un modèle d’éducation humanisante, propre à Tim Ingold, et aligné sur l’anthropologie; la confrontation des soignants au mystère de l’Autre au moment des fins de vie; la prise en compte des inégalités sociales dans l’humanisation du travail social; l’humanisation du système carcéral par l’art et la culture; l’attention au sujet existant; l’art participatif et décolonialisé, etc.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 8 mai 2023

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