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Francine Descarries : UQAM - Université du Québec à Montréal
Malgré les avancées significatives qui ont transformé la vie des femmes québécoises au cours des dernières décennies, comment expliquer la reproduction d’un « prêt-à-penser » du féminin et du masculin dont les effets « inégalitaires » persistants se répercutent sur leurs pratiques quotidiennes, comme sur l’ensemble de leur trajectoire de vie? On ne naît pas femme on le devient. C’est par cet aphorisme désormais célèbre que Simone de Beauvoir s’attaquait il y a près de soixante-quinze ans à toutes les prédications naturalistes voire sexistes qui, pendant des siècles, ont servi à justifier la division sociale des sexes et les inégalités qu’elle génère. C’est ce même aphorisme qui me vient à l’esprit lorsque j’entends des parents affirmer Et pourtant je les ai élevés pareil lorsqu’ils se surprennent à observer chez leur fille et leur garçon des attitudes et comportements différents. Une telle affirmation ramène à l’avant-scène l’ensemble des mécanismes de socialisation à travers lesquels filles et garçons construisent leur identité sexuée et apprennent les normes et les comportements qui leur permettent d’entrer en relation avec les autres.
Quels sont ces mécanismes sociaux et relationnels qui, à ce jour, empêchent de rompre définitivement avec des siècles d’intériorisation de codes sociaux d’un féminin et d’un masculin arbitrairement assignés? C’est de la complexité de ce processus de socialisation de genre et de ses multiples dimensions dont traite le présent exposé.
En 1978, le Conseil du statut de la femme dresse un état des lieux de la situation des femmes du Québec dans son avis Pour les Québécoises : égalité et indépendance. Il y examine les causes des inégalités sexuelles et analyse les obstacles qui restreignent l’autonomie des femmes et leur pleine participation à la société. Les thèmes de la socialisation, de la santé, de la famille, du marché du travail et de l’exercice du pouvoir sont scrutés à la loupe afin de débusquer les injustices et de cibler les moyens d’y remédier. L’exercice s’appuie sur une consultation menée auprès de groupes de femmes et de comités de travail dans l’appareil gouvernemental, dans le contexte où les données sur les conditions de vie des femmes sont rares et où la recherche féministe est à l’état embryonnaire.
Aujourd’hui, le champ des études féministes s’avère prolifique. Ce foisonnement implique des chercheuses et des chercheurs de différents horizons disciplinaires dont les travaux contribuent à éclairer, sous différents angles, les réalités multiples vécues par les femmes. L’heure n’est plus à l’idée d’une condition universelle des femmes, mais à la diversité des expériences, lesquelles sont appréhendées au croisement de systèmes de discrimination qui concourent à la production et à la reproduction d’inégalités sociales fondées, par exemple, sur le genre, l’orientation sexuelle et l’ethnicité. Le colloque proposé sera l’occasion de prendre acte du panorama de connaissances théoriques et empiriques produites au regard des thématiques examinées en 1978, et de mesurer les avancées et les enjeux persistants qui forment la trame de l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes au Québec.