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Adja Aichatou Dièye : Université Cheikh-Anta-Diop
Depuis quarante ans, la problématique environnementale fait son retour dans le champ de la pensée à cause des préoccupations écologiques auxquelles l’homme est confronté. De nos jours, sont apparues plusieurs menaces liées au changement climatique ou à la dégradation du milieu de vie donnant l’impression, pour certains, de vivre dans « le temps des catastrophes », pour reprendre l’expression d’Isabelle Stengers. La possibilité d’un bouleversement total du climat est devenue une réalité.
En effet, le monde actuel est marqué par des catastrophes naturelles. Il est devenu habituel de voir l’érosion des côtes favorisant l’avancée de la mer et la disparition de certains lieux d’habitats surtout ceux des animaux. Face à ce fléau international, le Sénégal aussi ne fait pas l’exception. Cela fait plusieurs années que les côtes sénégalaises connaissent une ruée des bateaux venant de l’extérieur. Avec la surpêche, beaucoup d’espèces aquatiques ont disparu. Cette disparition a plusieurs conséquences d’ordre économique, culturel, écologique, etc., sur la population côtière autochtone comme celle de Guét-Ndar à Saint-Louis du Sénégal. Pour assurer la sécurité alimentaire mondiale, des multinationales viennent au Sénégal. Les espaces qu’elles occupent se situent pour la plus part dans les campagnes où vivent les peuples autochtones.
Dans cette présente communication, nous allons démontrer que la crise environnementale est aussi une crise culturelle au Sénégal.
Ce colloque porte autant sur la notion d’autochtonie (comme catégorie juridique et levier politique de reconnaissance) que sur la manière dont elle se décline et se discute en Afrique. Autrement dit, si le continent africain servira de repère, c’est pour mieux permettre le dialogue avec les nombreux travaux abordant plus généralement l’autochtonéité, en particulier en Amérique du Nord.
De la sorte, les communications apporteront des éclairages quant à une diversité de terrains, et ce, dans la mesure où les multiples configurations étudiées offrent des occasions de discussion avec les réalités africaines, mais la réciproque n’en sera pas moins vraie.
Ainsi, ce qui rassemble ces peuples tient dans les déclarations les reconnaissant en tant que cultures spécifiques au sein de la modernité avancée. Pour autant, au-delà du terme unificateur, ces spécificités se déclinent de bien des manières.
Pour exemple, si foncièrement la qualification des populations autochtones se révèle relativement clairement établie en Amérique du Nord, il n’en va pas de même pour le continent africain, dont l’histoire coloniale est profondément différente et où se trouve interrogée la distinction des peuples selon une continuité historique.
L’intention de cette rencontre s’inscrit bien dans le contexte francophone, en ce sens que l’ancienne puissance coloniale a contribué à produire des configurations extrêmement hétérogènes. En effet, entre l’autochtonie à l’ouest de l’Atlantique, où la définition du primo-arrivant peut faire sens, face à des Européens restés sur place pour faire souche, au contraire c’est une autochtonie controversée qui se présente en Afrique, où le colonisateur n’a pas laissé derrière lui de semblables communautés, durablement installées. De plus, dans nombre de pays africains, les ethnies majoritaires revendiquent l’ancienneté séculaire de leur présence, reprochant à l’autochtonisation la saveur amère d’une injonction conceptuelle produite par des instances internationales éloignées.
Au-delà d’un comparatisme hasardeux, devant la diversité des contextes, les sessions proposées viseront davantage à alimenter les réflexions qui, en Amérique du Nord notamment, cherchent à concilier justice environnementale et équité sociale, et ce, en apportant des regards quant à d’autres contextes, que nous pensons utiles à l’objectivation. Que nous disent les travaux africanistes quant au traitement politique de l’autochtonie, mêlant plusieurs échelles d’analyse qui s’entrecoupent : internationale, nationale et locale ? Qui en sont les acteurs et quels groupes s’y trouvent impliqués ? Qu’est-ce que la notion d’autochtonie exprime vis-à-vis de la modernité réflexive ? En quoi ces démarches répondent-elles au souci d’éthique qu’elles avancent ?
Enfin, il paraîtra central d’insister sur la dimension de vulnérabilité qui est associée à l’idée de peuple autochtone. Dans ce cadre, les spécialistes des Amériques apporteront leurs expertises, étayées par plusieurs décennies critiques.
Titre du colloque :