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Zouhair Gassim : Université Moulay Ismaïl
Bien que la définition de l’éducation sexuelle soit identique dans divers contextes, l’élaboration d’un contenu consensuel reste un exercice ardu, puisqu’il s’agit d’une discipline qui ne se limite certainement pas à un corps de connaissances et d’informations, mais qui engage également des normes et pratiques sociales. L’analyse sociohistorique de l’éducation sexuelle dans le système éducatif marocain a révélé que les délais de la fabrique des savoirs scolaires sont différents. D’un côté, l’école a rapidement interagi avec les discours relatifs à la planification familiale et à l’apparition du SIDA. D’un autre côté, elle est très lente au niveau des connaissances et droits relatifs à la sexualité fondés sur l’émancipation et l’autonomisation des filles/femmes. La réduction de l’éducation sexuelle en informations biomédicales, la marginalisation des dimensions psychoaffectives et sociales de la sexualité et le passage sous silence des rapports de pouvoir entre les sexes ne peuvent que contribuer à la (re)production des inégalités entre les sexes, et donc à une fabrique hiérarchisée des citoyen-ne-s. Il y a donc bien conjonction entre des dimensions sociales sous-tendues par des considérations démographiques, préventives, politiques et religieuses pour tenter de peser sur le contenu scientifique de ce qui est enseigné en éducation sexuelle.
Dans le cadre du congrès de l’Acfas, la revue Genre Éducation Formation et le GT13 « Éducation et diversité » de l’AISLF, associé au RIED (Réseau international éducation et diversité), organisent un colloque transatlantique, qui propose de traiter la question du genre en éducation.
« On ne naît pas femme, on le devient » : l’importance de la question du genre en éducation est au cœur de la citation féministe la plus célèbre du monde francophone. À partir du moment où il est affirmé qu’aucune nature, qu’aucune biologie, qu’aucun destin préécrit ne permet d’expliquer (et de justifier) le monde social, à l’instant où on admet que « l’intervention d’autrui dans la vie de l’enfant est presque originelle et que dès ses premières années sa vocation lui est impérieusement insufflée » (de Beauvoir, 1949, p. 286), alors la question du genre en éducation et en formation devient centrale pour comprendre l’organisation sexuée de la société.
Comme l’ont souligné les auteures féministes des années 1970-1980, la sociologie française de l’éducation des années 1960-1970 s’est essentiellement préoccupée des inégalités de classes, reportant la « variable sexe » à un niveau secondaire. Après le texte pionnier de Liliane Kandel (1975), qui pointait le fait que le système éducatif français – malgré les principes d’égalité qui l’animent – discrimine les filles et les femmes, des ouvrages fondateurs de ce champ paraissent dans les années 1990. Nicole Mosconi (1989) interroge les effets de la mixité scolaire et crée peu à peu le concept de « rapport sociosexué au savoir » : si tous les individus ont le droit d’acquérir tous les types de savoirs, dans les faits, certains savoirs sont considérés comme tabous ou infamants, naturels ou transgressifs selon sa classe sociale et sa catégorie de sexe. De son côté, Marie Duru-Bellat (1990) rend compte de la façon dont l’école prépare les filles et les garçons à des rôles sociaux distincts. In fine, que l’on parle de didactique ou de pédagogie, qu’on l’aborde de manière transversale ou disciplinaire, qu’il s’agisse d’éducation des enfants ou de formation des adultes, que l’on se situe dans des institutions de formation ou dans des contextes non formels, il s’agit toujours de venir à bout de la hiérarchie inhérente au genre, soit en formant les individus de manière égalitaire, soit en débarrassant l’éducation des inégalités qui la traversent.
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Ce colloque est ouvert aux chercheur·ses de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales en lien avec l’éducation. Dans le but d’avoir un dialogue transatlantique, nous nous efforçons d’équilibrer les pays communicants. La jeune recherche est bienvenue.
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