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Dmitry Vetrov : EHESS
Appliquée aux mondes russes, notamment, aux zones boréales de Sibérie occidentale, la notion d’extractivisme suscite des interrogations. D’une part, elle permet d’échapper aux simplifications réductionnistes basées sur les dichotomies entre colonnes sédentaires et autochtones semi-nomades (Woolford et Benvenuto 2015 : 380), ainsi que de souligner l’inclusion de ces autochtones dans de larges réseaux des relations socio-économiques (pour la Sibérie occidentale, voir Stammler 2005 ; Sokolova 2015 ; Arzûtov 2017). D’autre part, contrairement à plusieurs cas latino-américains (Schuldt et al. 2009 ; Acosta 2013), les compagnies gazières-pétrolières du district autonome des Khantes et des Mansis ne sont pas multinationales : il s’agit d’entreprises russes, voire régionales, présentes sur le terrain depuis plus de 30 ans et, par conséquent, profondément enracinées dans des schémas locaux de circulation des ressources et des capitaux. Sans prétendre d’apporter une solution au choix de la notion adéquate (colonialisme ? extractivisme ? impérialisme ?), je voudrais présenter une ethnographie du conflit, ayant opposé, entre 1994 et 2019, de nombreuses contreparties : gouvernement du district, compagnie pétrolière Sourgout-Neftegaz, direction du parc naturel Numto, écologues, écologistes et militants autochtones (Leeti 2014 ; Pristupa et al. 2018). Cette ethnographie cherche à montrer la complexité des relations et la diversité d’acteurs impliqués dans les conflits d’usage des terres.
L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).
Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).
Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.
Objectifs du colloque
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