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Karine Croteau : Université d'Ottawa
En décembre 2018, l’École de travail social (ÉTS) de l’Université d’Ottawa (UO), située sur le territoire traditionnel et non cédé de la Nation Omàmiwinini Algonquine, a amorcé un processus de décolonisation de la recherche, de la pédagogie d’enseignement et de la pratique sociale (Croteau et Molgat, 2021). L’initiative du Cercle Kinistòtàdimin (CK), qui signifie « on se comprend » en anishinabemowin (nom octroyé par un porteur anishinabeg de savoirs traditionnels de la communauté de Kitigan Zibi) est née de réflexions entourant les faits sociohistoriques et coloniaux au Canada ainsi que de la prise en compte de nombreux témoignages (CVRC, 2015) et rapports de commissions d’enquête (CERP, 2019 ; ENFFADA, 2019). Les actions du CK, composé de divers membres (direction de l’ÉTS, professeur.e.s, coordonnatrice de stages et de la formation pratique, étudiant.e.s. de membres de communautés autochtones principalement de la Nation Anishinabé-algonquine), visent à éclairer le rôle historique et contemporain de la profession du travail social et à agir afin de redresser les innombrables oppressions à l’égard des Premières Nations, Inuit et Métis. Le CK a établi un plan stratégique composé de 10 objectifs centraux (notamment en lien avec les 94 Appels à l’action de la CVRC, 2015). Il a obtenu un financement de la Faculté des Sciences sociales (FSS) permettant la réalisation de ses objectifs, ce qui témoigne également de la volonté sérieuse d’engagement sur la voie décolonisatrice. Les membres du CK se réunissent mensuellement afin d’appuyer et mettre en oeuvre les actions identifiées comme prioritaires. Dans le cadre du présent colloque de l’ACFAS, quatre initiatives singulières seront présentées afin d’illustrer les actions du CK : (1) l’adoption d’une déclaration officielle de savoirs traditionnels ; (2) l’inauguration d’œuvres d’art d’artistes anishinabeg ; (3) la rencontre collective à Kitigan Zibi pour orienter les prochains pas ; et (4) la création d’un microprogramme (15 crédits) portant sur les services en enfance-famille autochtone.
Les parcours universitaires sont évalués à partir de l’acquisition de différents savoirs, y compris notamment le savoir-être. Plus spécifiquement, les étudiant·e·s en relation d’aide, comme le travail social, reçoivent une formation à une compréhension des problèmes sociaux, économiques et politiques ainsi que des enjeux impliquant des populations vulnérables auprès desquelles il faut intervenir. Ces étudiant·e·s sont, de fait, devant des situations complexes où s’inscrivent détresse et souffrances. Parallèlement à ce contexte d’intervention, au sein même de leur apprentissage, des personnes de diverses identités de genre ou racisés vivent des situations de discrimination ou d’altérité. Notamment, nous avons des préoccupations croissantes concernant les inégalités raciales et ethniques dans les expériences et les résultats de certaines d’entre elles. Pour les universités, il semble urgent de veiller à ce que tout le monde soit conscient de l’existence du racisme, qu’il s’agisse de formes explicites, implicites ou subtiles de préjugés ou de discrimination. Dans cette perspective, il est important d’utiliser des exemples, des scénarios ou même des démonstrations visuelles pour plus de clarté (Wong et al., 2021) afin d’outiller les étudiant·e·s, particulièrement les personnes en relation d’aide, pour qu’elles terminent leur diplôme tout en les incitant à la collaboration et à l’interaction respectueuse, du point de vue antiraciste et anti-oppressif. Ceci, également pour les préparer au terrain afin de ne pas s’épuiser. Elles seront plus en mesure de travailler en collaboration et interaction respectueuses par une mise en pratique de rapports anti-racistes et anti-oppressifs.
Ce colloque constitue l’occasion de prendre un temps d’arrêt pour partager des points de vue à propos des mécanismes systémiques et structurels discriminants, et des possibilités de changement par le développement d’initiatives favorisant le rapprochement et la réflexivité au sein de l’université, un sujet peu exploré.
De ce fait, plusieurs membres du corps professoral de l’École de travail social de l’Université de Montréal ont mis en place des initiatives et des projets pour et avec des étudiant·e·s afin de mieux répondre à leurs besoins. Par ailleurs, d’autres universités ont également créé des espaces de soutien pour les Noir·e·s (McGill) et des projets autour du racisme (UQAM). Le présent colloque veut consolider ces initiatives afin de favoriser la réussite de chacun et chacune, quelles que soient leurs multiples identités. Il part du principe que l’introspection et la posture critique ainsi que la collaboration interuniversitaire entre enseignant·e·s et étudiant·e·s sont nécessaires pour soutenir leur réussite, laquelle est mise à mal par des expériences désagréables.
Titre du colloque :