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Ferdinand Mben Lissouck : Université de Yaoundé I
Les travaux qui traitent de l’assistance humanitaire internationale en Afrique et spécifiquement en Afrique centrale s’intéressent, pour certains, à l’impact de cette assistance sur le vécu des populations-cible et des États. Pour d’autres, l’intérêt est accordée a la dimension géostratégique de l’assistance humanitaire. Pour d’autres encore l’analyse est portée sur les rapports souvent conflictuels entre les organisations dites humanitaires et les États. Cette recherche, qui tire avantage des acquis de la sociologie de la transaction sociale et de l’analyse stratégique en sociologie, pour sa part, s’intéresse à la manière dont les organisations à caractère humanitaire travaillent dans les contextes de crises en Afrique centrale. Elle traite du décalage entre l’efficacité officiellement recherchée de prise en charge des populations victimes des crises et catastrophes et les pratiques quotidiennes des agents d’exécution (largement structurés par la quête effrénée de financements). Ce travail s’appuie sur des données provenant de près de six ans de travail dans le domaine de l’intervention humanitaires au bénéfice des populations refugiées (centrafricains et nigérians) dans l’Est, l’Adamaoua, le Nord et l’extrême-nord du Cameroun ; et des déplacés internes dans l’extrême-nord du pays. Leur collecte s’est faite essentiellement au travers d’une observation directe, d’une observation participante et au travers d’entretiens informels.
Les acteurs de la solidarité internationale (SI) sont de plus en plus confrontés à une vision qui perpétue les inégalités où l’on trouve d’une part des apporteurs de l’aide, issus des puissances du Nord, et d’autre part des bénéficiaires de l’aide, issus du Sud, qui expriment une volonté croissante d’autonomie dans la gestion des actions qui concernent leur population. Depuis l’adoption par l’ONU 2015, la SI est appelée à s’arrimer avec les 17 objectifs de développement durable (ODD) visant l’amélioration des conditions de vie dans une perspective de maintien des écosystèmes pour soutenir l’ensemble de la diversité. Les moyens pour y parvenir relèvent de la valorisation des savoirs des peuples du Sud pour leur redonner le pouvoir sur leur développement et ainsi décoloniser les pratiques de la SI pour plus de coopération respectueuse. Ces moyens ont été renouvelés spécifiquement au milieu humanitaire dans le cadre du Sommet 2016 par l’entremise de la promotion officielle de la localisation de l’aide. L’ampleur de la crise sanitaire de COVID a entraîné un repli du Nord mais aussi des acteurs de la SI et a mis en lumière la capacité des organismes locaux d’agir autrement. Cette situation inattendue encourage à soutenir des projets qui favorisent l’autonomisation et pour lesquels la présence des coopérants et d’acteurs de la SI du Nord ne s’effectue plus dans les mêmes conditions qu’avant la crise. Ces pratiques issues des pays bénéficiaires questionnent la place et le rôle des acteurs internationaux, en ouvrant de nouvelles voies d’action possibles en dehors du système traditionnel. Notre colloque se veut un espace qui souscrit à engager un dialogue appelant à la coconstruction des connaissances pour adopter une posture réflexive critique participant ainsi à la diffusion des variétés de visions du monde et de pratiques liées sous l’optique d’un monde socialement juste, qui implique la décolonisation de la SO et le soutien vers plus d’autonomie des acteurs issus du Sud.
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