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Kochie Olga Akou : ECOLE DOCTORALE UNIVERSITE BORDEAUX-MONTAIGNE
« L’humanitarisme des oppresseurs, qui n’est pas un humanisme, consiste à préserver la situation qui les avantage et qui leur permet d’entretenir une fausse générosité. En réalité, l’intention des oppresseurs est de transformer la mentalité des opprimés, et non pas la situation qui les opprime, et ceci afin de mieux les dominer, en les adaptant davantage à cette situation. C’est pourquoi ils s’appuient sur la conception et la pratique bancaires de l’éducation, à laquelle ils ajoutent toute une gamme d’actions sociales au caractère paternaliste » (Freire, La pédagogie des opprimés, Agone, 2021, 62).
L’instauration de l’école, l’intervention des « tirailleurs sénégalais », la formation des cadres africains à l’école William Ponty (Sénégal), semblent exprimer amitié et coopération franco-africaine.
Cet état d’esprit, hérité, entretient des relations économique et diplomatique particulières, entre la France et les pays nés de ses anciennes colonies. Pourtant, malgré la modernité et le modèle d’instruction hérités de la France, de nombreux ressortissants des anciennes colonies se ruent vers la France, au péril de leur vie, comme constaté au cours de cette dernière décennie par divers sauvetages en mer Méditerranée. Ce fléau interroge. Si les sciences humaines et sociales sont le lieu où nous pouvons réfléchir et faire des préconisations, voilà un constat que nous pouvons questionner. Comment devons-nous faire pour que l’éducation contribue à une vraie humanité ?
Notre travail interroge les pratiques d’humanisation, entendues comme ce qui humanise, rend humain, apporte de l’humanité. Elles concernent des dimensions très générales de la vie humaine (l’éducation, la socialisation, la transmission, la relation) et des activités situées (la construction éthique, les relations sociales et professionnelles, la médecine…). Certes, la notion d’humanisation peut relever du pléonasme, car toute activité humaine, y compris la plus cruelle et déréglée, est… humaine. « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », rappelait Montaigne pour condamner le rejet des « autres » dans la sous-humanité.
Mais ce pléonasme apparent désigne aussi une tâche qui, peut-être, définit l’humain : tenter de réaliser une certaine idée de soi, porteuse de principes dits « humanistes », pour que les sociétés, les milieux professionnels, les relations internationales tempèrent leur violence potentielle grâce à des pratiques respectueuses de la personne. Il s’agirait par exemple d’« humaniser » la médecine ou l’économie afin que ces activités ne finissent pas, paradoxalement, par nier l’humain, comme si le meilleur ennemi de l’humain était lui-même.
Nous étudions des exemples tels que : les arts dans la formation médicale pour l’humanisation des soins et la reconnaissance des « questions existentielles »; l’expérience esthétique dans la relation thérapeutique comme reconnaissance intersubjective; le souci de politiques éducatives visant l’humanisation, et non une simple « humanitarisation » que dénonçait Freire et que les études décoloniales ne cessent de révéler; un modèle d’éducation humanisante, propre à Tim Ingold, et aligné sur l’anthropologie; la confrontation des soignants au mystère de l’Autre au moment des fins de vie; la prise en compte des inégalités sociales dans l’humanisation du travail social; l’humanisation du système carcéral par l’art et la culture; l’attention au sujet existant; l’art participatif et décolonialisé, etc.
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