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Tania Rodríguez Echavarria : Université du Costa Rica
La Zone Nord du Costa Rica a été profondément transformée au cours des 20 dernières années par la monoculture de l'ananas, qui a eu un fort impact sur l'organisation des territoires et des marchés du travail ruraux. Dans cette communication, nous présenterons le contexte dans lequel l'expansion de l'ananas a eu lieu dans cette région et nous discuterons de la notion d'extractivisme agraire du point de vue des ressources humaines, en particulier de la main-d'œuvre et de la migration (principalement temporaire et d'origine nicaraguayenne). Nous proposons d'analyser les impacts de l'extractivisme agraire en termes de relations de travail selon deux axes : d'une part, les transformations du travail rural, entre le retrait de la main-d'œuvre paysanne (exclusion et dépossession), l'imposition de la main-d'œuvre agricole industrielle (organisation fordiste du travail quotidien) et la dépendance à la main-d'œuvre migrante (ancrage et circulation). D'autre part, nous tenterons de décrire les logiques de segmentation, de spécialisation et de discrimination sur le marché du travail, par catégories de genre et de nationalité que nous avons identifiées dans cette production intensive d'exportation.
L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).
Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).
Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.
Objectifs du colloque
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