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Sylvie Kerger : Université du Luxembourg
Au Luxembourg, les premières revendications pour une éducation égalitaire entre filles et garçons furent émises à la fin des années ‘70. Le Cercle luxembourgeois des enseignants critiques (CLEC) proposa, dès 1978, de combattre le sexisme dans l’institution scolaire en relevant les stéréotypes de genre à l’école et plus particulièrement dans les manuels scolaires. Qu’en est-il 45 ans plus tard ?
Nous basant sur une recherche quantitative et qualitative, seront présentés les résultats d’une étude menée entre 2021 et 2023. Celle-ci révèle la construction des inégalités de genre à travers une cinquantaine de manuels de l’enseignement secondaire (élèves de 12 à 15 ans) au Luxembourg. L'objectif de notre recherche est de montrer la prévalence et la persistance des stéréotypes de genre dans les représentations visuelles et écrites à travers (1) le comptage des personnages féminins, masculins et non-binaires, ainsi que le comptage des auteur·ices ; (2) la description des activités professionnelles, de loisirs et domestiques classées comme "féminines" et "masculines" ; (3) l'utilisation d'un langage inclusif du genre ; et (4) l'identification de personnages non-blancs, en situation de handicap et non-hétérosexuels.
Par le biais de notre analyse, nous formulerons des recommandations à destination des responsables en charge de l’élaboration des manuels scolaires et des politiques éducatives qui permettront d’appliquer un regard critique et d’élaborer du matériel non-discriminatoire.
Dans le cadre du congrès de l’Acfas, la revue Genre Éducation Formation et le GT13 « Éducation et diversité » de l’AISLF, associé au RIED (Réseau international éducation et diversité), organisent un colloque transatlantique, qui propose de traiter la question du genre en éducation.
« On ne naît pas femme, on le devient » : l’importance de la question du genre en éducation est au cœur de la citation féministe la plus célèbre du monde francophone. À partir du moment où il est affirmé qu’aucune nature, qu’aucune biologie, qu’aucun destin préécrit ne permet d’expliquer (et de justifier) le monde social, à l’instant où on admet que « l’intervention d’autrui dans la vie de l’enfant est presque originelle et que dès ses premières années sa vocation lui est impérieusement insufflée » (de Beauvoir, 1949, p. 286), alors la question du genre en éducation et en formation devient centrale pour comprendre l’organisation sexuée de la société.
Comme l’ont souligné les auteures féministes des années 1970-1980, la sociologie française de l’éducation des années 1960-1970 s’est essentiellement préoccupée des inégalités de classes, reportant la « variable sexe » à un niveau secondaire. Après le texte pionnier de Liliane Kandel (1975), qui pointait le fait que le système éducatif français – malgré les principes d’égalité qui l’animent – discrimine les filles et les femmes, des ouvrages fondateurs de ce champ paraissent dans les années 1990. Nicole Mosconi (1989) interroge les effets de la mixité scolaire et crée peu à peu le concept de « rapport sociosexué au savoir » : si tous les individus ont le droit d’acquérir tous les types de savoirs, dans les faits, certains savoirs sont considérés comme tabous ou infamants, naturels ou transgressifs selon sa classe sociale et sa catégorie de sexe. De son côté, Marie Duru-Bellat (1990) rend compte de la façon dont l’école prépare les filles et les garçons à des rôles sociaux distincts. In fine, que l’on parle de didactique ou de pédagogie, qu’on l’aborde de manière transversale ou disciplinaire, qu’il s’agisse d’éducation des enfants ou de formation des adultes, que l’on se situe dans des institutions de formation ou dans des contextes non formels, il s’agit toujours de venir à bout de la hiérarchie inhérente au genre, soit en formant les individus de manière égalitaire, soit en débarrassant l’éducation des inégalités qui la traversent.
Nous vous proposons quatre thématiques :
Ce colloque est ouvert aux chercheur·ses de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales en lien avec l’éducation. Dans le but d’avoir un dialogue transatlantique, nous nous efforçons d’équilibrer les pays communicants. La jeune recherche est bienvenue.
Titre du colloque :