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Stéphanie Auger-Caron : UQAM - Université du Québec à Montréal
La pandémie de Covid-19 a déstabilisé la démocratie canadienne et la confiance envers les institutions politiques, médiatiques et scientifiques. Le mécontentement et la méfiance d’une partie de la population a culminé lors du Convoi des camionneurs, en janvier et février 2022. Le rapport de la commission Rouleau, publié en février dernier, fait état de la montée du populisme canadien parmi les causes à l’origine de ce convoi. La marginalisation économique, notamment les enjeux du secteur pétrolier dans l’Ouest canadien, la redéfinition des clôtures sociales entre le « eux » et le « nous », et la crise de confiance envers les institutions sont des facteurs qui ont pu être observés pendant les mobilisations.
Dans cette communication j’amorcerai une réflexion sur la façon dont se présentaient ces éléments lors du Convoi des camionneurs. J’aborderai également la proximité avec les discours conspirationnistes dans la désignation des « élites ». Enfin, je mettrai l’emphase sur les dérives extrémistes et insurectionnistes du Convoi.
Le Brexit et l’élection de Donald Trump en 2016 ont eu une incidence profonde sur l’étude du populisme. Jusque-là considéré comme la chasse gardée des spécialistes de l’Amérique latine et de quelques spécialistes de l’extrême-droite en Europe de l’Ouest, le phénomène est devenu non seulement mainstream, mais il se développe également une littérature exponentielle sur sa relation avec un ensemble en lien avec d’autres phénomènes globaux, allant du climatosceptisme à la géopolitique, en passant par les mouvements antivaccins et le paramilitarisme d’extrême-droite.
Le présent colloque propose de se saisir de la question du populisme sous deux angles complémentaires parfois abordés dans la littérature. Le premier angle qui nous intéresse est le contexte de remise en question d’un exceptionnalisme canadien qui limiterait les manifestations de populismes. La thèse de l’exceptionnalisme canadien fut notamment mise de l’avant par le politologue Cas Mudde, selon qui les politiques canadiennes sur le multiculturalisme placeraient le pays à l’abri de telles mouvances. Or, du mouvement des camionneurs à aller jusqu’à l’élection de Pierre Poilievre à la tête du Parti conservateur du Canada en passant par la popularité de figures politiques comme Maxime Bernier et Éric Duhaime, il n’est plus possible de nier l’importance de formes de populismes au Canada. Nous explorerons les manifestations de cette mouvance politique à l’échelle fédérale, provinciale et municipale au pays.
Le deuxième angle est celui de la relation entre le populisme et les nationalismes ainsi que leurs transformations au Canada et au Québec. Si la littérature scientifique a souvent abordé la question de la relation du nationalisme au populisme sous un angle théorique, elle a été moins féconde en ce qui a trait à l’étude empirique de ces deux idéologies politiques. Une importante portion de ce colloque sera donc consacrée à l’étude des transformations des populismes et nationalismes au Canada et aux transformations dans la mobilisation des clôtures sociales impliquées par ces changements sociaux.