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Vivian Labrie : Chercheur indépendant
Peu de gens connaissent aujourd’hui la teneur de la proposition de loi citoyenne qui a précédé de deux ans la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale adoptée en décembre 2002 par l’Assemblée nationale du Québec. Cette proposition fortement appuyée était le fruit d’une intense consultation tenue depuis 1998 à travers le Québec avec le souci constant de faciliter une participation substantielle de personnes en situation de pauvreté. Plus ambitieuse que la loi adoptée en 2002, qui engageait la société et ses institutions politiques à « tendre vers un Québec sans pauvreté », elle formulait le consensus inédit d’un ensemble large d’acteurs (groupes de défense de droits, syndicats, groupes communautaires, féministes, coopératives, associations étudiantes et autres) sur ce qu’on devrait inscrire dans une loi cadre et programme qui viserait à jeter en dix ans les bases d’un Québec sans pauvreté. Cette feuille de route est-elle toujours d’actualité ? Des travaux menés par l’IRIS depuis 2016 montrent que ce pourrait notamment être le cas du second principe de la proposition citoyenne, soit de prioriser l’amélioration des revenus du cinquième le plus pauvre de la population sur celle des revenus du cinquième le plus riche, qui liait ainsi la réduction de la pauvreté à la réduction des inégalités de revenus. Un tel principe aurait pu, et pourrait toujours, dégager les marges de manœuvre budgétaires nécessaires pour avancer vers un bien vivre mieux partagé.
Cette année marque plusieurs anniversaires importants : les 20 ans de la loi de lutte contre la pauvreté, les 60 ans de la Ligue des droits et des libertés, et, encore, les 10 ans du printemps érable. C’est l’occasion de se demander où en est la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale au Québec des années plus tard. Et ce, d’autant plus que l’état des lieux des connaissances sur ces mouvements sociaux et la manière dont ils ont pu forger la défense collective des droits (DCD) des personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale est lacunaire.
Concrètement, d’importants défis se posent pour les organismes et les regroupements en DCD sur le plan de la mobilisation, de la reconnaissance des mouvements sociaux, de leurs apports ou de leurs gains pour la société ou les personnes elles-mêmes, mais aussi, du développement de stratégies et d’occupation de l’espace social et médiatique. Les organismes communautaires de DCD sont particulièrement confrontés à la pénurie de main d’œuvre, au déclin de l’engagement militant, aux représentations négatives des personnes marginalisées entre autres.
Le contexte politique récent a des répercussions sur la DCD qu’il convient de mettre en exergue : les représentations négatives des personnes en situation de pauvreté (Landry et al., 2021) et leur responsabilisation ou le workfare (Barbier, 2009; Duvoux, 2011); le sous-financement récurrent des organismes en défense des droits, entre autres. Si le contexte néolibéral explique en grande partie les difficultés de mise à l’agenda politique de certaines luttes et le développement de stratégies moins confrontationnelles, plus invisibles et plus dispersées (Feldman, Strier et Koreh, 2017), nos travaux de recherche suggèrent également l’existence de difficultés à former la relève et à transmettre les savoirs militants (Greissler et Tremblay-Marcotte, 2020). Or, avec le temps, il existe un risque de perdre l’expertise de figures historiques de certaines luttes.
Ainsi, dans le cadre de ce colloque, les présentations retenues nous conduiront, dans un premier temps, à étayer le nécessaire travail de mémoire collective de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Dans un deuxième et troisième temps, selon différents points de vue théoriques (militant·e·s directement concerné·e·s, intervenant·e·s impliqué·e·s et chercheur·se·s), nous réfléchirons à la fois aux enjeux actuels, aux pratiques et aux perspectives d’avenir de la DCD.
Titre du colloque :