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Les violences reproductives et les transmissions intergénérationnelles en Haïti

RJ

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Rose-Myrlie Joseph : CREF (Centre de recherche éducation formation), Université Paris Nanterre

Résumé de la communication

À partir des récits de vie des femmes haïtiennes recueillies dans mes différentes recherches de 2006 à 2015, j'analyserai les VOGR en considérant l'abandon paternel. Après les grossesses, les géniteurs ne reconnaissent pas la paternité et refusent la prise en charge socio-économique des enfants. C'est la paternité au rabais, qui participe à appauvrir les femmes, détermine leur relégation au service domestique et les contraint à différentes formes de migration. Cela influe également sur leur autonomie reproductive et décisionnelle puisqu'elles sont souvent contraintes d'accepter de nouvelles relations intimes avec des hommes qui deviendront à leur tour des géniteurs (la contraception étant peu accessible) et des pères abandonnants. D'où une polyandrie en série associée aux maternités sérielles qui témoignent d'une exposition maximale des femmes à des risques de grossesse, dans un système hétéronormatif et un pays du Sud ravagé par la grande pauvreté. L'arbre généalogique des femmes illustre une transmission intergénérationnelle de ces phénomènes, surtout dans les milieux populaires et ruraux. Comment les rapports sociaux déterminent-ils ces répétitions ? Comment les femmes tentent-elles de s'en dégager? J'analyserai les VOGR au plus près du vécu des femmes haïtiennes écoutées individuellement ou en groupe, dans une démarche féministe, matérialiste, intersectionnelle et clinique, qui permet de les comprendre.

Résumé du colloque

Les violences obstétricales, gynécologiques et reproductives (VOGR) sont loin d’être marginales. Qu’elles se produisent dans un service de santé ou dans une relation intime, elles constituent une entrave à l’intégrité corporelle ainsi qu’à l’autonomie reproductive et décisionnelle de celles qui les subissent. On pense ici à des gestes médicaux imposés lors d’examens gynécologiques ou pendant un accouchement ou encore à la pression exercée sur des femmes pour qu’elles deviennent enceintes. Les VOGR renvoient à des comportements ou des paroles qui ne tiennent pas compte du consentement de la personne qui en est victime, et ce, à l’intérieur de rapports de force, de domination et de coercition. Or, les VOGR restent encore peu documentées (Grace et Anderson, 2018; Sutton et Knight, 2020). Les connaissances récentes émergent de la rencontre des savoirs universitaires, pratiques, expérientiels et militants afin de mieux comprendre les contextes, formes et conséquences inhérentes aux VOGR (Rozée et Schantz, 2021).

Dans le cadre du colloque, une exploration de l’historiographie des VOGR permettra de situer les savoirs existants et de visibiliser les différents mouvements féministes qui ont contribué à la reconnaissance des VOGR. Par la suite, des réflexions s’inscrivant dans une approche féministe et intersectionnelle des VOGR permettront d’amplifier les voix des personnes ciblées par des systèmes d’oppression contribuant à l’expression disproportionnée et spécifique de ces violences. On peut évoquer ici l’imbrication du colonialisme et du sexisme en lien avec la stérilisation imposée aux femmes autochtones (Basile et Bouchard, 2022) ou encore celle du racisme et du sexisme quant au manque de soutien et de considération que peuvent vivre les femmes noires et racisées à l’intérieur des services de santé reproductive (Vedam et al., 2019). À cela s’ajoutent notamment des discriminations basées sur la classe sociale ou le capacitisme qui exposent aussi les femmes pauvres ou en situation de handicap à ce genre de violences (Morin-Aubut, 2020). Enfin, on s’intéressera aux pratiques prometteuses et aux actions à mobiliser pour lutter efficacement contre les VOGR. Entre prévention, formation et soutien, plusieurs pistes seront partagées et discutées.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 8 mai 2023

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