Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Anne Thibault : Université d'Ottawa
La recherche menée au Québec et à l’international démontre une augmentation des procédures judiciaires visant des personnes vivant dans la pauvreté ou en situation d’itinérance, dans tous les domaines de droit et dans toutes les sphères de la vie personnelle. Alors que les cliniques juridiques offrent information et conseils juridiques individuels, la défense collective des droits demeure incontournable pour contrer les enjeux structurels en lien avec le phénomène de judiciarisation.
Cette communication portera sur la création récente (2021) de la Clinique interdisciplinaire en droit social de l’Outaouais (CIDSO), implantée dans le milieu communautaire de Gatineau par des chercheur.es et des étudiant.e.s de l’Université d’Ottawa. À partir de l’exemple de son implication dans une action de défense collective des droits pour dénoncer le déplacement du Quartier général de la police de Gatineau sur le site de l’Aréna Robert-Guertin – à proximité des services communautaires pour les personnes en situation d’itinérance – cette communication présentera : 1) les impacts de ce déplacement sur les personnes marginalisées, 2) les stratégies d’action et les mobilisations déployées ayant mené à la formation d’une coalition et d’un forum public, et 3) la pertinence de développer une approche fondée sur les droits collectif en clinique interdisciplinaire.
Cette année marque plusieurs anniversaires importants : les 20 ans de la loi de lutte contre la pauvreté, les 60 ans de la Ligue des droits et des libertés, et, encore, les 10 ans du printemps érable. C’est l’occasion de se demander où en est la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale au Québec des années plus tard. Et ce, d’autant plus que l’état des lieux des connaissances sur ces mouvements sociaux et la manière dont ils ont pu forger la défense collective des droits (DCD) des personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale est lacunaire.
Concrètement, d’importants défis se posent pour les organismes et les regroupements en DCD sur le plan de la mobilisation, de la reconnaissance des mouvements sociaux, de leurs apports ou de leurs gains pour la société ou les personnes elles-mêmes, mais aussi, du développement de stratégies et d’occupation de l’espace social et médiatique. Les organismes communautaires de DCD sont particulièrement confrontés à la pénurie de main d’œuvre, au déclin de l’engagement militant, aux représentations négatives des personnes marginalisées entre autres.
Le contexte politique récent a des répercussions sur la DCD qu’il convient de mettre en exergue : les représentations négatives des personnes en situation de pauvreté (Landry et al., 2021) et leur responsabilisation ou le workfare (Barbier, 2009; Duvoux, 2011); le sous-financement récurrent des organismes en défense des droits, entre autres. Si le contexte néolibéral explique en grande partie les difficultés de mise à l’agenda politique de certaines luttes et le développement de stratégies moins confrontationnelles, plus invisibles et plus dispersées (Feldman, Strier et Koreh, 2017), nos travaux de recherche suggèrent également l’existence de difficultés à former la relève et à transmettre les savoirs militants (Greissler et Tremblay-Marcotte, 2020). Or, avec le temps, il existe un risque de perdre l’expertise de figures historiques de certaines luttes.
Ainsi, dans le cadre de ce colloque, les présentations retenues nous conduiront, dans un premier temps, à étayer le nécessaire travail de mémoire collective de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Dans un deuxième et troisième temps, selon différents points de vue théoriques (militant·e·s directement concerné·e·s, intervenant·e·s impliqué·e·s et chercheur·se·s), nous réfléchirons à la fois aux enjeux actuels, aux pratiques et aux perspectives d’avenir de la DCD.
Titre du colloque :
Thème du colloque :