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L’injustice obstétricale : une approche intersectionnelle des violences obstétricales

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Mounia El Kotni : Cermes3

Résumé de la communication

À partir de recherches sur les violences obstétricales menées en Europe (France, Italie) et en Amérique Latine (Mexique, Guatemala) auprès de femmes migrantes, pauvres, et/ou racisées, nous proposons de mettre ces violences en perspective, au regard de mécanismes globaux de domination (exil, racisme, pauvreté). Nous proposons le cadre d’analyse de l’ « injustice obstétricale » afin de mettre en avant la façon dont les violences, y compris celles de même nature, impactent différemment les patientes en fonction de leur parcours de vie. L’injustice obstétricale permet de dépasser la tendance universaliste des catégories de « violences » et « femmes » en mettant en avant la question de justice sociale présente dans les interactions médicales, où influent les rapports de classe, de race et de genre. Ce cadre analytique permet de montrer comment des actes a priori isolés (césariennes non nécessaires, stérilisations forcées) prennent une nature systématique lorsque l’on s’intéresse au profil socio-racial des patientes. Il pourrait ainsi favoriser une attitude plus réflexive de la part des professionnel·le·s de santé sur les mécanismes de domination en jeu dans l’interaction médecin-patiente. Il permettrait également aux militant·e·s des droits reproductifs de mieux prendre en compte la variabilité et la dimension intersectionnelle des expériences des femmes, et d’inclure une plus grande diversité de voix dans le débat sur les violences obstétricales, gynécologiques et reproductives.

Résumé du colloque

Les violences obstétricales, gynécologiques et reproductives (VOGR) sont loin d’être marginales. Qu’elles se produisent dans un service de santé ou dans une relation intime, elles constituent une entrave à l’intégrité corporelle ainsi qu’à l’autonomie reproductive et décisionnelle de celles qui les subissent. On pense ici à des gestes médicaux imposés lors d’examens gynécologiques ou pendant un accouchement ou encore à la pression exercée sur des femmes pour qu’elles deviennent enceintes. Les VOGR renvoient à des comportements ou des paroles qui ne tiennent pas compte du consentement de la personne qui en est victime, et ce, à l’intérieur de rapports de force, de domination et de coercition. Or, les VOGR restent encore peu documentées (Grace et Anderson, 2018; Sutton et Knight, 2020). Les connaissances récentes émergent de la rencontre des savoirs universitaires, pratiques, expérientiels et militants afin de mieux comprendre les contextes, formes et conséquences inhérentes aux VOGR (Rozée et Schantz, 2021).

Dans le cadre du colloque, une exploration de l’historiographie des VOGR permettra de situer les savoirs existants et de visibiliser les différents mouvements féministes qui ont contribué à la reconnaissance des VOGR. Par la suite, des réflexions s’inscrivant dans une approche féministe et intersectionnelle des VOGR permettront d’amplifier les voix des personnes ciblées par des systèmes d’oppression contribuant à l’expression disproportionnée et spécifique de ces violences. On peut évoquer ici l’imbrication du colonialisme et du sexisme en lien avec la stérilisation imposée aux femmes autochtones (Basile et Bouchard, 2022) ou encore celle du racisme et du sexisme quant au manque de soutien et de considération que peuvent vivre les femmes noires et racisées à l’intérieur des services de santé reproductive (Vedam et al., 2019). À cela s’ajoutent notamment des discriminations basées sur la classe sociale ou le capacitisme qui exposent aussi les femmes pauvres ou en situation de handicap à ce genre de violences (Morin-Aubut, 2020). Enfin, on s’intéressera aux pratiques prometteuses et aux actions à mobiliser pour lutter efficacement contre les VOGR. Entre prévention, formation et soutien, plusieurs pistes seront partagées et discutées.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 8 mai 2023

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