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Christophe Malaterre : UQAM - Université du Québec à Montréal
Si la question de l’origine de la vie est une question tenace qui défie la science aujourd’hui encore, c’est aussi une question qui se prête à être traitée sous de multiples perspectives. Alors que la chimie prébiotique et la paléobiologie l’envisagent sous un angle historique, celui d’expliquer l’apparition de la vie sur Terre dans un passé très lointain, la chimie des systèmes et la biologie de synthèse la considèrent plutôt comme l’occasion de démontrer la faisabilité de synthétiser une vie artificielle, en laboratoire, indépendamment de toute contrainte historique. Dans cette communication, nous proposons de démêler les différents angles sous lesquels la question de l’origine de la vie est traitée en science. Nous identifions trois grandes dimensions susceptibles de contraindre la question différemment selon le contexte de recherche : adéquation historique, spontanéité naturelle et similitude avec la vie telle que nous la connaissons. Incidemment, ces trois dimensions permettent de caractériser le statut épistémique de ce qui doit être expliqué (l’explanandum), oscillant de « approximativement vrai » dans le cas où la question de l’origine de la vie est la plus contrainte à « entièrement spéculatif » dans le cas contraire. Nous explorons aussi comment des réponses à certaines facettes de la question de l’origine de la vie sont susceptibles de fournir des éléments de réponse pour d’autres.
Le problème de l’origine de la vie est l’une des thématiques scientifiques contemporaines ayant fait couler le plus d’encre dans les dernières décennies. De nombreuses hypothèses ont été avancées au fil du temps pour rendre compte de cette transition du non-vivant au vivant, reflétant un intérêt qui transcende les disciplines. Or malgré la quantité de travaux publiés sur le sujet, aucun cadre explicatif n’a encore réussi à cerner de manière exhaustive les mécanismes par lesquels le passage du non-vivant au vivant a pu s’effectuer — tant de manière historique sur Terre, que de manière générale et hypothétique sur d’autres mondes.
Bon nombre de questions restent pour le moment sans réponse, notamment celles d’une définition en bonne et due forme du vivant, des conditions requises ou favorisant son émergence, du processus par lequel le vivant émerge du non-vivant, et des caractéristiques du vivant détectables à l’aide des instruments développés en astrophysique. Apporter des éléments de réponse à ces questionnements nécessite assurément un effort multidisciplinaire, où les contributions des diverses branches de la physique, de la chimie, de la biologie et de la philosophie sont essentielles.
Fondamentalement interdisciplinaires, les investigations portant sur les conditions et mécanismes ayant mené au vivant sur Terre sont ainsi également liées à la recherche d’autres formes de vie ailleurs dans l’Univers. En ce sens, les tentatives d’explication de passage du non-vivant au vivant, tout comme les efforts déployés quant à la détection de biosignatures sur des exoplanètes recoupent de multiples disciplines scientifiques. Le problème de l’origine du vivant constitue en ce sens l’occasion idéale de faire intervenir un dialogue entre les approches plus observationnelles — notamment en astrophysique et en biologie théorique, telles que celles en biologie synthétique, en microbiologie ou en biochimie.
Les avancées scientifiques dans le domaine d’instruments de détection astrophysiques tels que le télescope spatial James Webb, dont l’un des objectifs scientifiques principaux est la caractérisation d’atmosphères exoplanétaires, nous rapprochent inexorablement de l’éventualité d’une première détection de vie à l’extérieur de notre système solaire, ce qui est par ailleurs l’un des objectifs scientifiques principaux de cette mission d’observation. Or ces efforts de détection ne peuvent être découplés des théories du vivant et de son émergence sur Terre : autrement dit, la détection de forme de vie passe nécessairement par la formulation d’une théorie en bonne et due forme du vivant et de son émergence. Proposer un dialogue, dans le cadre du congrès de l’Acfas, entre les multiples angles d’attaque à cette question nous semble être l’une des manières d’en arriver à trouver des points de rapprochement entre les multiples hypothèses énoncées quant à l’origine de la vie.
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