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Marco Bowao : ENS Brazzaville
A l’heure où nous assistons au déchaînement de la violence, à la faiblesse des institutions étatiques, à la dégénérescence considérable des valeurs humaines, à la montée exponentielle des inégalités sociales, à la régression de la démocratie, au dérèglement climatique croissant, à l’incapacité réelle des Nations Unies à réduire les conflits dans le monde, toutes ces crises ont un dénominateur commun : la déshumanisation ou crise de l’humain. Fort de ce constat, il est d’autant plus urgent, à nos yeux, de repenser l’humain. C’est toute la tâche que nous assignons à cette contribution. Nous proposons le Muntunisme, ou mieux l’attitude muntuniste comme remède à ce mal qui ronge le comportement humain. Le Muntunisme plaide en faveur d’un retour à l’humain. Cet idéal consiste en le fait que les hommes doivent accepter d’agir dans la solidarité pour la solidarité humaine dans un élan de fraternité pour promouvoir l’Ubuntu, c’est-à-dire « faire humanité ensemble ». Le projet Muntuniste prend donc appui sur le principe Ubuntu pour penser le vivre-ensemble autrement. Il incombe également aux humains le devoir d’agir en responsables vis-à-vis des autres espèces vivantes, avec lesquelles ils composent la Nature, comprise comme un Tout. Agir de cette manière laisse entrevoir à l’horizon une promesse garantissant la Muntunite, condition d’un monde plus stable et plus inclusif qui passe par la dépendance réciproque.
Notre travail interroge les pratiques d’humanisation, entendues comme ce qui humanise, rend humain, apporte de l’humanité. Elles concernent des dimensions très générales de la vie humaine (l’éducation, la socialisation, la transmission, la relation) et des activités situées (la construction éthique, les relations sociales et professionnelles, la médecine…). Certes, la notion d’humanisation peut relever du pléonasme, car toute activité humaine, y compris la plus cruelle et déréglée, est… humaine. « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », rappelait Montaigne pour condamner le rejet des « autres » dans la sous-humanité.
Mais ce pléonasme apparent désigne aussi une tâche qui, peut-être, définit l’humain : tenter de réaliser une certaine idée de soi, porteuse de principes dits « humanistes », pour que les sociétés, les milieux professionnels, les relations internationales tempèrent leur violence potentielle grâce à des pratiques respectueuses de la personne. Il s’agirait par exemple d’« humaniser » la médecine ou l’économie afin que ces activités ne finissent pas, paradoxalement, par nier l’humain, comme si le meilleur ennemi de l’humain était lui-même.
Nous étudions des exemples tels que : les arts dans la formation médicale pour l’humanisation des soins et la reconnaissance des « questions existentielles »; l’expérience esthétique dans la relation thérapeutique comme reconnaissance intersubjective; le souci de politiques éducatives visant l’humanisation, et non une simple « humanitarisation » que dénonçait Freire et que les études décoloniales ne cessent de révéler; un modèle d’éducation humanisante, propre à Tim Ingold, et aligné sur l’anthropologie; la confrontation des soignants au mystère de l’Autre au moment des fins de vie; la prise en compte des inégalités sociales dans l’humanisation du travail social; l’humanisation du système carcéral par l’art et la culture; l’attention au sujet existant; l’art participatif et décolonialisé, etc.
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