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Jean Pierre Nguede Ngono : Université de Maroua
Les peuples autochtones, dits "Pygmées", d'Afrique centrale, font face à de nombreux défis et à une discrimination généralisée. Ils ont souvent été marginalisés par les gouvernements et la société majoritairement bantoue de la région, ce qui a entraîné une pauvreté extrême, une absence d'accès à l'éducation, à la santé et à d'autres services de base. Ils ont également été victimes de discrimination et d'exploitation. De nombreux Pygmées ont été forcés de quitter leurs terres traditionnelles en raison de l'exploitation forestière, de la conversion de la forêt en terres agricoles et d'autres activités industrielles. Ces natifs de la forêt profonde sont souvent exclus des processus de décision concernant l'utilisation de leurs terres et sont souvent victimes d'expropriation et de déplacement forcé sans compensation adéquate. Ils ont également des taux de mortalité infantile et de morbidité plus élevés que le reste de la population. Ils luttent pour faire valoir leurs droits et pour obtenir une reconnaissance en tant que peuples autochtones.
Les résultats de notre recherche montrent que les Baka ont souvent été exclus des efforts de conservation. Néanmoins, au fil des années, ils ont pris une part active dans la conservation des ressources forestières et travaillent en étroite collaboration avec des organisations de conservation et des gouvernements pour élaborer des plans de gestion des ressources naturelles qui respectent leur culture et leurs modes de vie.
Ce colloque porte autant sur la notion d’autochtonie (comme catégorie juridique et levier politique de reconnaissance) que sur la manière dont elle se décline et se discute en Afrique. Autrement dit, si le continent africain servira de repère, c’est pour mieux permettre le dialogue avec les nombreux travaux abordant plus généralement l’autochtonéité, en particulier en Amérique du Nord.
De la sorte, les communications apporteront des éclairages quant à une diversité de terrains, et ce, dans la mesure où les multiples configurations étudiées offrent des occasions de discussion avec les réalités africaines, mais la réciproque n’en sera pas moins vraie.
Ainsi, ce qui rassemble ces peuples tient dans les déclarations les reconnaissant en tant que cultures spécifiques au sein de la modernité avancée. Pour autant, au-delà du terme unificateur, ces spécificités se déclinent de bien des manières.
Pour exemple, si foncièrement la qualification des populations autochtones se révèle relativement clairement établie en Amérique du Nord, il n’en va pas de même pour le continent africain, dont l’histoire coloniale est profondément différente et où se trouve interrogée la distinction des peuples selon une continuité historique.
L’intention de cette rencontre s’inscrit bien dans le contexte francophone, en ce sens que l’ancienne puissance coloniale a contribué à produire des configurations extrêmement hétérogènes. En effet, entre l’autochtonie à l’ouest de l’Atlantique, où la définition du primo-arrivant peut faire sens, face à des Européens restés sur place pour faire souche, au contraire c’est une autochtonie controversée qui se présente en Afrique, où le colonisateur n’a pas laissé derrière lui de semblables communautés, durablement installées. De plus, dans nombre de pays africains, les ethnies majoritaires revendiquent l’ancienneté séculaire de leur présence, reprochant à l’autochtonisation la saveur amère d’une injonction conceptuelle produite par des instances internationales éloignées.
Au-delà d’un comparatisme hasardeux, devant la diversité des contextes, les sessions proposées viseront davantage à alimenter les réflexions qui, en Amérique du Nord notamment, cherchent à concilier justice environnementale et équité sociale, et ce, en apportant des regards quant à d’autres contextes, que nous pensons utiles à l’objectivation. Que nous disent les travaux africanistes quant au traitement politique de l’autochtonie, mêlant plusieurs échelles d’analyse qui s’entrecoupent : internationale, nationale et locale ? Qui en sont les acteurs et quels groupes s’y trouvent impliqués ? Qu’est-ce que la notion d’autochtonie exprime vis-à-vis de la modernité réflexive ? En quoi ces démarches répondent-elles au souci d’éthique qu’elles avancent ?
Enfin, il paraîtra central d’insister sur la dimension de vulnérabilité qui est associée à l’idée de peuple autochtone. Dans ce cadre, les spécialistes des Amériques apporteront leurs expertises, étayées par plusieurs décennies critiques.
Titre du colloque :