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Politique de santé reproductive en Haïti : confluence d’impérialisme culturel et violence faite aux femmes

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Tania Pierre Charles : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

En Haïti comme dans les pays du Sud-Global, la santé comme bien publique s’insère dans un contexte, historique, politique, économique, sociale et culturel. Dans ce sens dans la réalité haïtienne moins de 40% des naissances ont lieu dans un établissement de santé (Institut Haïtien de & ICF, 2018) , ce qui signifie que les matrones assurent l’accouchement de la majorité des femmes. Cela traduit également l’existence de deux systèmes parallèles : celui de la médecine occidentale légitimé par la scientificité des connaissances et celui de la médecine créole produit de la mobilisation de savoirs et d’expériences des personnes historiquement opprimées, exclues, déshumanisées et marginalisées (Gonzalez, 1982) . C’est l’héritage colonial, d’une part qui a moulé de relations de domination sur un mode binaire persistant jusqu’à nous jours et de l’autre imprégné les mentalités, les subjectivités, la culture, l’épistémologie et surtout qu’il continu à se reproduire de manière endogène traversant la sociabilité et les espaces publics et privés. Dans ce contexte, l’expérience et la culture du monde occidental se présentent comme « normes universelles » et celles du monde non occidental comme inférieures. Ceci est clairement exprimé dans la politique de Santé reproductive et dans l’exécution de programmes sanitaires d’envergure nationale qui par leur inadéquation ne correspondent pas aux besoins des femmes haïtiennes.

Résumé du colloque

Les violences obstétricales, gynécologiques et reproductives (VOGR) sont loin d’être marginales. Qu’elles se produisent dans un service de santé ou dans une relation intime, elles constituent une entrave à l’intégrité corporelle ainsi qu’à l’autonomie reproductive et décisionnelle de celles qui les subissent. On pense ici à des gestes médicaux imposés lors d’examens gynécologiques ou pendant un accouchement ou encore à la pression exercée sur des femmes pour qu’elles deviennent enceintes. Les VOGR renvoient à des comportements ou des paroles qui ne tiennent pas compte du consentement de la personne qui en est victime, et ce, à l’intérieur de rapports de force, de domination et de coercition. Or, les VOGR restent encore peu documentées (Grace et Anderson, 2018; Sutton et Knight, 2020). Les connaissances récentes émergent de la rencontre des savoirs universitaires, pratiques, expérientiels et militants afin de mieux comprendre les contextes, formes et conséquences inhérentes aux VOGR (Rozée et Schantz, 2021).

Dans le cadre du colloque, une exploration de l’historiographie des VOGR permettra de situer les savoirs existants et de visibiliser les différents mouvements féministes qui ont contribué à la reconnaissance des VOGR. Par la suite, des réflexions s’inscrivant dans une approche féministe et intersectionnelle des VOGR permettront d’amplifier les voix des personnes ciblées par des systèmes d’oppression contribuant à l’expression disproportionnée et spécifique de ces violences. On peut évoquer ici l’imbrication du colonialisme et du sexisme en lien avec la stérilisation imposée aux femmes autochtones (Basile et Bouchard, 2022) ou encore celle du racisme et du sexisme quant au manque de soutien et de considération que peuvent vivre les femmes noires et racisées à l’intérieur des services de santé reproductive (Vedam et al., 2019). À cela s’ajoutent notamment des discriminations basées sur la classe sociale ou le capacitisme qui exposent aussi les femmes pauvres ou en situation de handicap à ce genre de violences (Morin-Aubut, 2020). Enfin, on s’intéressera aux pratiques prometteuses et aux actions à mobiliser pour lutter efficacement contre les VOGR. Entre prévention, formation et soutien, plusieurs pistes seront partagées et discutées.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 8 mai 2023

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