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Vincent Leblan : Institut de recherche pour le développement
Cette communication restitue une recherche concernant les politiques de conservation des aires protégées en Côte d’Ivoire dans les années postérieures à la « crise post-électorale » de 2011 et au conflit commencé dix ans plus tôt, qui reposent prioritairement sur des instrumentalisations politiques de l’autochtonie. Je propose ici de réexaminer les pratiques et politiques patrimoniales de la nature en rapport avec les modalités d’appropriation des aires protégés des autochtones tout comme des allochtones durant cette période caractérisée par un net affaiblissement de l’institution du tutorat.
En mobilisant des sources écrites et filmiques en plus de mes enquêtes ethnographiques, j’ai détecté ce rapport autochtonie/allochtonie à propos de 7 aires protégées distribuées dans des régions très différentes du pays. Ces aires protégées apparaissent finalement comme un lieu d’expression et un révélateur particulièrement efficace des tensions sociales et identitaires qui animent la scène politique ivoirienne depuis un quart de siècle. Etant donné la profonde division politique entre autochtones et allochtones à l’échelle du pays, et ce jusqu’à nos jours, aucun des acteurs ne peut ne peut invoquer la nation pour galvaniser un sentiment d’appartenance et d’identification aux aires protégées : seules les valeurs attachées à l’autochtonie sont actuellement susceptibles de jouer ce rôle, phénomène contribuant sans doute à stabiliser la division auto-/allochtonie.
Ce colloque porte autant sur la notion d’autochtonie (comme catégorie juridique et levier politique de reconnaissance) que sur la manière dont elle se décline et se discute en Afrique. Autrement dit, si le continent africain servira de repère, c’est pour mieux permettre le dialogue avec les nombreux travaux abordant plus généralement l’autochtonéité, en particulier en Amérique du Nord.
De la sorte, les communications apporteront des éclairages quant à une diversité de terrains, et ce, dans la mesure où les multiples configurations étudiées offrent des occasions de discussion avec les réalités africaines, mais la réciproque n’en sera pas moins vraie.
Ainsi, ce qui rassemble ces peuples tient dans les déclarations les reconnaissant en tant que cultures spécifiques au sein de la modernité avancée. Pour autant, au-delà du terme unificateur, ces spécificités se déclinent de bien des manières.
Pour exemple, si foncièrement la qualification des populations autochtones se révèle relativement clairement établie en Amérique du Nord, il n’en va pas de même pour le continent africain, dont l’histoire coloniale est profondément différente et où se trouve interrogée la distinction des peuples selon une continuité historique.
L’intention de cette rencontre s’inscrit bien dans le contexte francophone, en ce sens que l’ancienne puissance coloniale a contribué à produire des configurations extrêmement hétérogènes. En effet, entre l’autochtonie à l’ouest de l’Atlantique, où la définition du primo-arrivant peut faire sens, face à des Européens restés sur place pour faire souche, au contraire c’est une autochtonie controversée qui se présente en Afrique, où le colonisateur n’a pas laissé derrière lui de semblables communautés, durablement installées. De plus, dans nombre de pays africains, les ethnies majoritaires revendiquent l’ancienneté séculaire de leur présence, reprochant à l’autochtonisation la saveur amère d’une injonction conceptuelle produite par des instances internationales éloignées.
Au-delà d’un comparatisme hasardeux, devant la diversité des contextes, les sessions proposées viseront davantage à alimenter les réflexions qui, en Amérique du Nord notamment, cherchent à concilier justice environnementale et équité sociale, et ce, en apportant des regards quant à d’autres contextes, que nous pensons utiles à l’objectivation. Que nous disent les travaux africanistes quant au traitement politique de l’autochtonie, mêlant plusieurs échelles d’analyse qui s’entrecoupent : internationale, nationale et locale ? Qui en sont les acteurs et quels groupes s’y trouvent impliqués ? Qu’est-ce que la notion d’autochtonie exprime vis-à-vis de la modernité réflexive ? En quoi ces démarches répondent-elles au souci d’éthique qu’elles avancent ?
Enfin, il paraîtra central d’insister sur la dimension de vulnérabilité qui est associée à l’idée de peuple autochtone. Dans ce cadre, les spécialistes des Amériques apporteront leurs expertises, étayées par plusieurs décennies critiques.
Titre du colloque :