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Catherine Reine Thomas : Université de Bordeaux
Je vais me référer ici essentiellement à un cours qui s’intitule « Evolution Humaine Actuelle : impacts physiques et psychologiques de la société technicienne ». C’est un cours expérientiel (dans le sens : il propose aux étudiants de vivre des expériences) qui existe pour la quatrième année consécutive et qui rencontre un grand succès. Ce cours (et d’autres cours aussi) est directement conçu comme réponse à ma question de recherche principale qui est : quelles sont les causes profondes de la crise écologique et quels sont les moyens d’en sortir ?
Je conduis cette recherche et invente ma propre pédagogie depuis 20 ans.
Par ailleurs, les cours que j’ai donnés pendant 15 ans en océanographie physique m’ont amenée à m’interroger longuement sur la notion d’équilibre : l’équilibre de la surface océanique notamment. Comment comprendre cet équilibre dynamique mouvant et changeant ? Mais l’océan n’est pas le seul à chercher son équilibre : c’est aussi ce que fait tout être vivant, tout écosystème et la planète dans sa globalité.
Et pour moi, être humaine, c’est être constamment à la recherche de mon équilibre. Mais de quel équilibre s’agit-il quand on parle des humains en occident au XXIème siècle ?
L’époque actuelle est une perte d’équilibre, amorcée au début du néolithique, mais dont l’accélération
vertigineuse depuis deux siècles et plus encore depuis deux décennies, nous sidère et nous rend
aveugles à ce qui se passe.
Mon hypothèse, pour le dire très vite, est que nos capacités techniques hypertrophiées sont la cause
essentielle de notre déséquilibre. Retrouver l’équilibre implique donc deux choses : se reconnecter au
processus vivant qui nous anime, et honorer notre intelligence technique pour la contenir dans des
limites respectueuses de la vie sur Terre.
Cette hypertrophie technicienne s’est accompagnée de nombreux autres déséquilibres, et il nous
faudra tout aborder de manière globale, car les différents équilibres que je vais décrire dépendent les
uns des autres.
2. MES EXPERIENCES PEDAGOGIQUES
Notre travail interroge les pratiques d’humanisation, entendues comme ce qui humanise, rend humain, apporte de l’humanité. Elles concernent des dimensions très générales de la vie humaine (l’éducation, la socialisation, la transmission, la relation) et des activités situées (la construction éthique, les relations sociales et professionnelles, la médecine…). Certes, la notion d’humanisation peut relever du pléonasme, car toute activité humaine, y compris la plus cruelle et déréglée, est… humaine. « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », rappelait Montaigne pour condamner le rejet des « autres » dans la sous-humanité.
Mais ce pléonasme apparent désigne aussi une tâche qui, peut-être, définit l’humain : tenter de réaliser une certaine idée de soi, porteuse de principes dits « humanistes », pour que les sociétés, les milieux professionnels, les relations internationales tempèrent leur violence potentielle grâce à des pratiques respectueuses de la personne. Il s’agirait par exemple d’« humaniser » la médecine ou l’économie afin que ces activités ne finissent pas, paradoxalement, par nier l’humain, comme si le meilleur ennemi de l’humain était lui-même.
Nous étudions des exemples tels que : les arts dans la formation médicale pour l’humanisation des soins et la reconnaissance des « questions existentielles »; l’expérience esthétique dans la relation thérapeutique comme reconnaissance intersubjective; le souci de politiques éducatives visant l’humanisation, et non une simple « humanitarisation » que dénonçait Freire et que les études décoloniales ne cessent de révéler; un modèle d’éducation humanisante, propre à Tim Ingold, et aligné sur l’anthropologie; la confrontation des soignants au mystère de l’Autre au moment des fins de vie; la prise en compte des inégalités sociales dans l’humanisation du travail social; l’humanisation du système carcéral par l’art et la culture; l’attention au sujet existant; l’art participatif et décolonialisé, etc.
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