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Emmanuelle Bouchard-Bastien : INSPQ - Institut national de santé publique du Québec
En ces temps de relance économique post-pandémique et d’investissement dans l’électrification des transports, l’exploitation minière au Québec est en plein essor. Or, la cohabitation entre les activités d’extraction et les populations qui vivent aux abords des sites d’exploitation représente un véritable défi, particulièrement dans des contextes où les activités à ciel ouvert (open-pit mining) sont limitrophes à des milieux de vie. Ces situations peuvent notamment motiver des citoyens affectés à vouloir quitter les lieux, et d’autres à lutter pour améliorer leur qualité de vie. Basée sur une recherche ethnographique réalisée en 2019-2020 dans la ville minière de Malartic (Québec), la présentation s’attache à comprendre comment les acteurs locaux de la ville ont vécu la mise en oeuvre d’un « Guide de cohabitation », développé par l’entreprise minière après 15 ans d’exploitation du site, afin de répondre aux problèmes vécus par la population relativement aux activités d’extraction. Les enjeux liés au contexte du développement du Guide et de ses programmes d’acquisition et de revente de résidences principales, ainsi que les effets sociaux, économiques, politiques et culturels qui y sont associés seront plus particulièrement examinés, nous offrant une percée privilégiée pour réfléchir aux rapports de pouvoir impliqués dans la proximité de l’exploitation d’une mine et la quotidienneté, et la manière dont ces rapports affectent les populations et le territoire.
L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).
Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).
Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.
Objectifs du colloque
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