pen icon Colloque
quote

Pratiques enseignantes, enseignement du genre? Le cas des élèves au début de la scolarité obligatoire

LM

Membre a labase

Laure Minassian : Université de Shanghai

Résumé de la communication

En s’attachant aux processus qui produisent la sexuation du corps dès le début de l’école obligatoire, c’est-à-dire là où les apprentissages sont considérés comme le socle de la scolarité future, la communication proposée vise à comprendre comment commence et se poursuit la sexuation du corps depuis l’enfance.

Dans la continuité des travaux de Martin (1998), l’objectif ici fixé consiste à montrer en quoi au travers de dispositifs pédagogiques (Bonnéry, 2015) s’actualisent des normes sociales au sein d’un curriculum caché. Ce dernier à une fonction de contrôle social qui s’étend au-delà du seuil de la scolarité (Bowles and Gintis 1976). Bien qu’une partie de celui-ci ne soit pas complètement invisible aux enseignants (Perrenoud, 1995), en ce qui concerne le genre, la question de l’opacité est probablement plus intense puisqu’à la lisière des modes et pratiques qui garantissent l’ordre ou l’obéissance ou encore la docilité dans la classe se joue l'incarnation du genre dans l'enfance.

L’observation intensive d’une classe de CP-CE1 permet de proposer des hypothèses sur l’interdépendance des pratiques corporelles, langagières et cognitives qui contribuent à la bi-catégorisation du genre. Un des constats que cette observation soulève est qu’il existe un contrôle social invisible, mais très structuré, des élèves en les formant à occuper des places hiérarchiques différentes dans la société.

Résumé du colloque

Dans le cadre du congrès de l’Acfas, la revue Genre Éducation Formation et le GT13 « Éducation et diversité » de l’AISLF, associé au RIED (Réseau international éducation et diversité), organisent un colloque transatlantique, qui propose de traiter la question du genre en éducation.

« On ne naît pas femme, on le devient » : l’importance de la question du genre en éducation est au cœur de la citation féministe la plus célèbre du monde francophone. À partir du moment où il est affirmé qu’aucune nature, qu’aucune biologie, qu’aucun destin préécrit ne permet d’expliquer (et de justifier) le monde social, à l’instant où on admet que « l’intervention d’autrui dans la vie de l’enfant est presque originelle et que dès ses premières années sa vocation lui est impérieusement insufflée » (de Beauvoir, 1949, p. 286), alors la question du genre en éducation et en formation devient centrale pour comprendre l’organisation sexuée de la société.

Comme l’ont souligné les auteures féministes des années 1970-1980, la sociologie française de l’éducation des années 1960-1970 s’est essentiellement préoccupée des inégalités de classes, reportant la « variable sexe » à un niveau secondaire. Après le texte pionnier de Liliane Kandel (1975), qui pointait le fait que le système éducatif français – malgré les principes d’égalité qui l’animent – discrimine les filles et les femmes, des ouvrages fondateurs de ce champ paraissent dans les années 1990. Nicole Mosconi (1989) interroge les effets de la mixité scolaire et crée peu à peu le concept de « rapport sociosexué au savoir » : si tous les individus ont le droit d’acquérir tous les types de savoirs, dans les faits, certains savoirs sont considérés comme tabous ou infamants, naturels ou transgressifs selon sa classe sociale et sa catégorie de sexe. De son côté, Marie Duru-Bellat (1990) rend compte de la façon dont l’école prépare les filles et les garçons à des rôles sociaux distincts. In fine, que l’on parle de didactique ou de pédagogie, qu’on l’aborde de manière transversale ou disciplinaire, qu’il s’agisse d’éducation des enfants ou de formation des adultes, que l’on se situe dans des institutions de formation ou dans des contextes non formels, il s’agit toujours de venir à bout de la hiérarchie inhérente au genre, soit en formant les individus de manière égalitaire, soit en débarrassant l’éducation des inégalités qui la traversent.

Nous vous proposons quatre thématiques :

  1. Genre et didactiques;
  2. Intersectionnalité en éducation;
  3. Conversation critique entre l’école et l’éducation à la citoyenneté numérique autour des principes de justice sociale, d’égalité de genre et d’émancipation;
  4. Mise en œuvre des politiques éducatives en faveur de l’égalité des sexes et des sexualités.

Ce colloque est ouvert aux chercheur·ses de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales en lien avec l’éducation. Dans le but d’avoir un dialogue transatlantique, nous nous efforçons d’équilibrer les pays communicants. La jeune recherche est bienvenue.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
Discutant-e- de la session : Marie-Hélène Brunet
section icon Date : 8 mai 2023

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :