pen icon Colloque
quote

Quand les nouvelles générations créent des expressions : l’émergence de nouveaux phraséologismes à l’oral ordinaire

AG

Membre a labase

Antonio Garcia Fernandez : Universidad Nacional de Educación a Distancia

Résumé de la communication

Le lexique a expérimenté un renouvellement rapide et de nouvelles pratiques de communication grâce à l’accessibilité des réseaux sociaux et les nouvelles technologies. Ces changements linguistiques se produisent non seulement au niveau morphologique et syntaxique, mais aussi au niveau lexical et pragmatique. Les jeunes locuteurs « forcent » le langage en apportant de nouvelles expressions et, en particulier, de nouvelles formules de discours à travers des mécanismes de créativité lexicale, comme l’emploi de mots à formes variables, la troncation, le verlan et la réutilisation de termes anciens, et des procédés sémantiques, comme la métaphore, la comparaison et l’emprunt par l’influence des chansons, des langues d’immigration et de l’anglais.

D’ailleurs, les phraséologismes varient conformément à un ensemble de paramètres variationnels, comme : le lieu (variation diatopique), le média (diamodale), le registre (diastratique) et la chronologie (diachronique). Ces paramètres ont conduit à l’émergence de nouveaux phraséologismes. C’est le cas de séquences préfabriquées telles que c’est le ghetto, c’est quoi les bails, ça passe crème, faire un prank, y a r[1]. Le but de notre proposition est le repérage des paramètres qui provoquent un changement dans l’émergence de ces expressions. Ces paramètres font également partie de l’enrichissement de la langue à différents niveaux et registres.

[1] Ces expressions sont extraites du corpus Multicultural Paris French (MPF).

Résumé du colloque

Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).

La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).

Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 8 mai 2023

Découvrez d'autres communications scientifiques

Autres communications du même congressiste :