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Que deviendront les artistes? Réflexions sur la professionnalisation des artistes vue au prisme de la précarité

LD

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Laurence Dubuc : Université de Montréal

Résumé de la communication

Cette communication propose d’aborder l’enjeu de la professionnalisation des artistes du Québec sous le prisme des formes de précarité plurielle qui caractérisent leur activité professionnelle et dont les moteurs sont notamment reproduits à même les modes contemporains d’organisation de la vie artistique. Elle s’appuie sur les résultats des recherches menées par les deux auteur-trice-s entre 2016 et 2023 sur des populations d’artistes professionnel-le-s du monde des arts visuels et de la scène du Québec.

Ces travaux mettent notamment en évidence que si la professionnalisation des artistes se présente comme une relative injonction due au haut degré d’institutionnalisation des carrières artistiques au Québec, celle-ci se trouve parfois remise en question par les artistes elles et eux-mêmes, qui ne comprennent pas « à quoi ça sert » de se professionnaliser autant dans un contexte marqué par l’insuffisance de travail, de piètres conditions de travail artistique et para-artistique, ainsi que le manque de reconnaissance de leur statut à titre de travailleur-se-s et de citoyen-ne-s.

Ces réalités génèrent des tensions au niveau du phénomène de managérialisation des carrières artistiques, qui peut dès lors autant s’inscrire dans une logique de contestation du parcours typique et des normes dominantes dans les mondes de l’art, elles-mêmes génératrices de précarité, que faire glisser le statut d’artiste professionnel-le vers celui de simple producteur-trice de contenu créatif.

Résumé du colloque

La pandémie de COVID-19 a exercé des effets dévastateurs sur les artistes et sur l’écosystème culturel. Les fermetures successives de salles de spectacle de 2020 à 2022 se sont traduites chez les artistes en dépression, détresse psychologique, pensées suicidaires et abandons de carrière (FNCC, 2021). Le milieu s’est vidé de nombreux artistes travailleurs autonomes et plusieurs emplois ont été coupés. La pandémie a exacerbé la précarité déjà grande des artistes (Menger, 2009). Elle a aussi révélé de quelle façon notre système de soutien et de financement à la culture se fonde sur la capacité des artistes à être des « vecteurs de rentabilité directs ou indirects » (Deneault, 2022), que ce soit par les revenus générés par leurs biens et services culturels ou par les retombées de ceux-ci sur l’industrie touristique, l’hôtellerie, la restauration, etc. Sans possibilité de générer ces revenus et retombées, les artistes ont été laissés à eux-mêmes. On les a incités à assimiler l’esprit d’entreprise et à « se réinventer ».

Si la question de la professionnalisation des artistes se révèle centrale dans ce secteur depuis plusieurs années, elle est devenue urgente pendant la pandémie de COVID-19. Or, la pratique des arts exige des niveaux d’expertise technique, de développement et de maîtrise d’un langage, d’une esthétique et d’un style qui reposent sur des années de formation. Ces injonctions à « se réinventer » ont ainsi mis en évidence un paradoxe inhérent au besoin de professionnalisation, entre le travail de recherche en création et la logique économique productiviste à laquelle on assimile l’art. Dès lors, on peut se demander de quelle professionnalisation pour les artistes parle-t-on. Entre la légitimité d’une pratique artistique hautement spécialisée et la reconnaissance mesurée par des critères financiers, la professionnalisation des artistes est-elle sous le joug de la performance économique ?

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 8 mai 2023

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