Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Manon Tremblay : Université d'Ottawa
La démocratie représentative repose sur la capacité, pour toute personne, d’élire et d’être élue. Au contraire des hommes pour qui ces attributs ont été considérés comme inhérents à leur humanité, les femmes ont le plus souvent dû mener des batailles épiques pour les exercer. C’est le cas au Québec.
L’objectif de cette communication est de brosser à grands traits un portrait de l’évolution de la participation des femmes à la politique législative au Québec. Je revisiterai d’abord quelques-uns des arguments mis de l’avant en soutien et en rejet au droit de vote des femmes à la lumière d’une idée : le suffrage des femmes évoquait un scénario terrifiant, celui d’une déstabilisation, voire d’une inversion des rôles de genre. Puis j’évaluerai, de manière critique, la représentation des femmes à l’Assemblée (législative) nationale du Québec de 1961 à 2023, notamment en réfléchissant aux motifs habituellement servis pour expliquer leur positionnement minoritaire sur l’échiquier législatif. Ma lecture portera une attention particulière aux femmes des minorités de sexe et de genre. En conclusion, j’esquisserai quelques réflexions sur les (in)capacités du régime politique québécois à représenter les femmes (a fortiori, les femmes dans toutes leurs diversités et leurs complexités) et l’importance d’envisager d’autres espaces de mobilisation démocratique.
En 1978, le Conseil du statut de la femme dresse un état des lieux de la situation des femmes du Québec dans son avis Pour les Québécoises : égalité et indépendance. Il y examine les causes des inégalités sexuelles et analyse les obstacles qui restreignent l’autonomie des femmes et leur pleine participation à la société. Les thèmes de la socialisation, de la santé, de la famille, du marché du travail et de l’exercice du pouvoir sont scrutés à la loupe afin de débusquer les injustices et de cibler les moyens d’y remédier. L’exercice s’appuie sur une consultation menée auprès de groupes de femmes et de comités de travail dans l’appareil gouvernemental, dans le contexte où les données sur les conditions de vie des femmes sont rares et où la recherche féministe est à l’état embryonnaire.
Aujourd’hui, le champ des études féministes s’avère prolifique. Ce foisonnement implique des chercheuses et des chercheurs de différents horizons disciplinaires dont les travaux contribuent à éclairer, sous différents angles, les réalités multiples vécues par les femmes. L’heure n’est plus à l’idée d’une condition universelle des femmes, mais à la diversité des expériences, lesquelles sont appréhendées au croisement de systèmes de discrimination qui concourent à la production et à la reproduction d’inégalités sociales fondées, par exemple, sur le genre, l’orientation sexuelle et l’ethnicité. Le colloque proposé sera l’occasion de prendre acte du panorama de connaissances théoriques et empiriques produites au regard des thématiques examinées en 1978, et de mesurer les avancées et les enjeux persistants qui forment la trame de l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes au Québec.
Titre du colloque :