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Quels enjeux méthodologiques pour une recherche sur l'homosexualité au Sénégal

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Awa Diop : Medicos Del Mundo

Résumé de la communication

Au Sénégal, les représentations négatives produites sur des pratiques telles que l’homosexualité sont encore d’actualité. Ce schéma, entretenu par les imaginaires collectifs, rend difficile voire taboue l’élaboration de connaissances sur cet objet « oublié » qui révèle pourtant une imbrication entre d’un côté des codes moraux et d’un autre un décloisonnement des identités de genre et des schémas de valeur. Par ailleurs, combler le vide en termes de production de connaissances sur la question de l’homosexualité nécessite pour le chercheur des précautions méthodologiques particulières. Nous faisons cette observation tout en soulignant que par souci de scientificité, on objecte parfois au chercheur en sciences sociales les empreintes de considérations morales, politiques, religieuses ou idéologiques sur les connaissances qu’il produit. Il peut aussi lui être fait le reproche d’un regard trop extérieur, lointain (ethnocentré ou hétérocentré). Notre communication répondra à ces questions : Quelle posture adopter pour redimensionner l’injonction réflexive dans le cadre d’une recherche sur un sujet sensible ? Comment envisager la rupture avec l’invisibilité locale des connaissances produites sur cette question ? Comment connecter cette question avec des priorités contemporaines (genre, féminismes, droits humains, etc) ?

Résumé du colloque

La notion de genre est devenue omniprésente dans la recherche sur le développement en Afrique (Treillet, 2008). Toutefois, la prégnance des partenaires internationaux dans ces recherches semble avoir affaibli son potentiel transformateur des relations de pouvoir inégalitaires dans les sociétés africaines (Parpart, 2014). En effet, le genre semble avoir été instrumentalisé pour pallier la résistance au concept de féminisme en Afrique. Or, cette résistance n’est pas synonyme d’un rejet de l’idéologie féministe entendue comme une critique des rapports sociaux de genre, mais comme une distanciation avec le féminisme en tant que « cadre universaliste de mobilisation » (Latourès, 2009, p. 144). De plus, ce refus provient de chercheur·se·s d’Afrique qui cherchent à s’approprier la lecture de leur propre réalité (Touré, 2002).

Sur le plan heuristique, il serait donc important de se demander à quelles réalités nous faisons référence quand nous parlons du genre en Afrique ? Quel est le sujet politique de la recherche sur le genre en Afrique ? Pouvons-nous affirmer que recherche féministe et recherche sur le genre sont interchangeables ?

Nous aimerions en débattre au regard des résistances que génère la question du féminisme en Afrique (Dieng, 2021). Il s’agira plus spécifiquement de poser la question des enjeux qu’une recherche sur le genre pose, notamment dans le processus de construction de la connaissance. Ces enjeux de plusieurs ordres se situent à l’intersection des inégalités de genre au sein du monde universitaire, la prégnance des agences de développement, mais aussi la division internationale du travail scientifique (Direnberger et Doubogan, 2022). S’agissant de la division internationale du travail scientifique, il serait intéressant d’interroger l’hégémonie des enjeux que constitue la non-interrogation d’un certain nombre de chercheur·se·s du Nord concernant les relations de pouvoir — rapports sociaux de race qui se juxtaposent aux rapports de genre — dans les espaces universitaires et les recherches sur le genre.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 8 mai 2023

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