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Cristian Cabrera Van Cauwlaert : Université d'Ottawa
L’essor de nouvelles technologies d’information et de fabrication digitale a complètement bouleversé nos paradigmes de production. Des dynamiques de collaboration sous forme de réseau se mettent désormais en œuvre, dans le but d’intégrer des acteurs issus de divers domaines d’expertise à ces processus. Certains auteurs y voient le signe d’un modèle économique nouveau (post-extractiviste), qui opère dans une logique non seulement de production de marchandises, mais aussi de relations sociales et de formes de vie en commun (Gorz, 2003). D'autres, en revanche, estiment que ce paradigme ne ferait qu’accentuer les problèmes causés par le modèle économique traditionnel (extractiviste), étant donné la présence d’un troisième acteur dans la structure collaborative (les grandes entreprises), disposant des moyens (financiers, juridiques, technologiques) de se réapproprier les fruits du travail collectif (Citon, 2013). Dans cet exposé, j'entends explorer le potentiel combinatoire de ces thèses croisées, à partir de l’analyse d'un projet de collaboration entre designers et artisans au Pérou pour fabriquer des telares. Je proposerai également une réflexion sur le rôle de l'anthropologue dans ces dynamiques qui, en utilisant les informations du terrain principalement pour développer sa carrière professionnelle, contribue (involontairement) à reproduire les logiques extractivistes qu’il critique (Hong, 2021).
L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).
Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).
Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.
Objectifs du colloque
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