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Zohra Bousnina : Université de Tunis
Des revendications pour la "dignité, le travail et la justice sociale" accompagnent la transition démocratique en Tunisie depuis 2011. Dans ce contexte exacerbé par des crises politiques, les réalités socio-économiques avec leurs paradoxes ont été dévoilées sans filtre.
D’abord observateurs puis acteurs de plusieurs processus du contexte transitionnel, nous avons identifié des pratiques innovantes de prise en charge des populations vulnérables. Les acteurs de terrain et les populations elles-mêmes contribuant aux transformations vécues et à leur appropriation.
Dans ce cadre, comment approcher la complexité des processus de co-construction de ces pratiques en dépassant les interprétations et conceptualisation réductrices ?
A partir d’approches du terrain diversifiées (récits de vie, documentaires spécifiques, observation…), une étude de cas longitudinale des communautés de collectrices de palourdes et petit pêcheurs de sidi Makhlouf et de Jemna, oasis de Nefzaoua a été privilégiée.
Dans les territoires étudiés, des dynamiques micro-macro institutionnelles et hybrides, des pratiques transgressives et des arrangements se construisent autour des différentes formes de vulnérabilités, de leadership, des solidarités traditionnelles, des engagements communautaires et des politiques.
La visibilité de ces pratiques pourrait être renforcée par une recherche transdisciplinaire et des approches méthodologiques diversifiées (observation, recherche-action, socio-historique...).
La capacité, voire la légitimité, de notre monde à durer est mise à l’épreuve, autant par son insoutenabilité écologique que par l’ampleur de ses injustices sociales. L’importance de ces défis génère des tensions et une polarisation politiques croissantes qui interrogent le rôle des savoirs dans nos choix pour notre avenir commun. Pour construire d’autres horizons politiques pour ce XXIe siècle déjà mal engagé, quels savoirs est-il nécessaire de reconnaître, de construire, de mobiliser, et comment ?
Cette question invite d’abord à considérer les concepts mobilisés pour penser des avenirs souhaitables que l’on parle aujourd’hui de transition, de décroissance, de postdéveloppement, de buen vivir, de sobriété, de communs, de justice sociale, environnementale et épistémique, etc. Quels usages analytiques, mais aussi quelles mises en pratique militantes et organisationnelles ? Quelles oppositions et quelles articulations entre ces différents termes, mais aussi avec des contre-discours de plus en plus sonores (des utopies technocentristes à la multiplication des régimes antidémocratiques) ? Comment cela se concrétise-t-il sur et avec le territoire, notamment avec ses multiples acteurs à la recherche d’un plus grand pouvoir d’agir local ? Quels rôles pour les politiques sociales et quels nouveaux arrangements entre mouvements sociaux et citoyens, économie sociale et solidaire, philanthropie et État ? Dans quelle mesure ces débats résonnent-ils dans les milieux de travail, tant sur le plan des pratiques de gestion que des mobilisations collectives et de l’évolution de la qualité de l’emploi ? Comment cela s’opère-t-il dans la mise en organisation de la justice sociale, environnementale et épistémique ? Sous quelles formes organisationnelles et de quelles manières de s’organiser ?
Notre question exige aussi d’interroger les modes de construction des savoirs. Quel renouvellement des épistémologies face aux crises sociétales ? Quelle refondation des universités et des institutions productrices de savoir pour ouvrir de nouveaux horizons ? Quel rôle pour la société civile, notamment les personnes les plus marginalisées, dans la coconstruction des connaissances et la coproduction des actions collectives et des politiques publiques ? Quels savoirs oubliés, marginalisés ou invisibilisés à reconnaître ? Quel arbitrage entre défense de la science pour orienter décisions politiques et dérives épistocratiques (le règne des experts), aux dépens de la démocratie ?
Notre colloque sera l’occasion de travailler sur l’articulation entre l’émergence de nouveaux savoirs (ou la reconnaissance de savoirs déjà disponibles, mais invisibilisés) et la transformation sociale. Il s’agira d’interroger la contribution des savoirs à des transformations sociales, mais aussi de voir dans quelle mesure l’avènement d’un nouveau monde (sous ses paramètres sociaux, environnementaux, économiques, etc.) produit de nouveaux imaginaires, de nouvelles exigences épistémologiques ou de nouveaux outils cognitifs.
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