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Fabrice Dhume : Université catholique de Louvain
L’institution scolaire est traversée et structurée par les rapports sociaux de race, et cela affecte le statut et les conditions de travail des personnels scolaires de toutes catégories. Comment celles et ceux-ci font face à cette réalité ? La positionnalité sociale, au sens intersectionnel, influe sur les répertoires de ressources et d’attitudes mobilisables. Mais les tactiques face au racisme vécu au travail varient aussi selon les spécificités du contexte institutionnel scolaire, et selon le savoir d’usage qu’ont les personnels du fonctionnement de l’ordre institutionnel. Si la plupart des actions visent à un aménagement ou un cantonnement pour réduire la portée de la violence vécue, on observe parfois des recours à la hiérarchie ou à une institution (péri)juridiciaire pour faire reconnaître le tort. Quels sont les conditions et les effets de l’usage du droit ou de l’autorité instituée ? Et qu’est-ce que cela nous apprend du fonctionnement systémique du racisme à l’école ? Cette communication s’appuie sur l’exploitation d’une enquête qualitative menée entre 2019 et 2023 en France auprès d’environ 75 professionnel-le-s scolaires de divers statuts et fonctions. Réalisé depuis ma position de chercheur situé du côté du pôle majoritaire, sur la plupart des axes des rapports sociaux, ce travail constitue une mise à l’épreuve de mes capacités, à la fois d’entendement du point de vue minoritaire, et de restitution-resignification sociologique de la violence raciste de l’école.
À l’échelle locale comme internationale, plusieurs encadrements législatifs protègent le droit à l’égalité et interdisent les discriminations raciales dans les institutions éducatives (Dhume, 2021). Malgré ces balises, les expériences des personnes de groupes racisés étudiant (élèves) (Collins, 2022), travaillant (personnel scolaire) (Adam, 2021; Larochelle-Audet, 2019) ou gravitant autour des écoles (familles, communautés) (Zayani, 2021) attestent l’actualité du racisme en milieu scolaire. Considérant que ce concept continue d’être souvent tenu pour illégitime dans les sciences sociales et humaines de tradition francophone (Garneau et Giraudo-Baujeu, 2018), ce colloque invite les chercheuses et chercheurs à présenter des résultats de leurs travaux permettant de documenter les configurations actuelles du racisme ainsi que les réactions et réponses des personnes y étant confrontées au quotidien. La mise en commun d’observations empiriques de niveaux d’analyse intermédiaires, croisant « macro/structure » et « micro/agentivité », contribue à saisir les formes toujours renouvelées de la domination qui empêchent des groupes de personnes de participer à la définition des institutions au sein desquelles elles posent leurs actions (Hamrouni, 2012). Elle permet également d’appréhender la pluralité et la complexité des matrices de résistance que les personnes confrontées aux structures de domination y opposent (Collins, 2016). Pour sortir d’une épistémologie de l’ignorance, aveugle aux rapports sociaux et de domination (Strega et Brown, 2015), les chercheuses et chercheurs seront invités à rendre explicite la perspective à partir de laquelle le savoir présenté a été produit (Benhadjoudja, 2015). Cette reconnaissance est essentielle à la construction d’un savoir collectif pouvant contribuer à davantage de justice raciale dans les institutions éducatives (Collins, 2009).
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