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Pascale Bergeron : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Dans le cadre de ma thèse en éducation ayant pour but l’étude de pratiques destinées à la formation à la relationnalité de futurs accompagnateur.ices en psychosociologie, je ne pouvais faire l’économie d’un regard posé sur ma propre pratique de formatrice universitaire. À la question comment je procède moi-même pour former mes étudiant.es à la dimension relationnelle de leur métier, il me venait plusieurs réponses. Parmi celles-ci, survenait indomptablement la question de mon engagement dans la relation éducative, sorte d’avenue impliquée, impliquante, mais timide, prenant difficulté à se nommer face à l’injonction du détachement, de la distance, voire de l’objectivité trop souvent posée comme absolu. La relation éducative est pourtant toujours là. Elle survient lorsque la personne de l’apprenant et de l’enseignant entrent en présence avec le projet éducatif qui les unit. Cela n’a rien de surprenant et pourtant, cela ne va pas de soi de s’y engager avec tout de soi. Cela l’est encore moins de faire de la relation éducative une véritable praxis relationnelle qui forme et transforme, devenant ainsi lieu de transmission d’humanité. Pour accompagner ma présentation, je croiserai ma réflexion avec celle de Mireille Cifali (2018) au regard de son travail sur l’engagement en formation et qui, reprenant les mots de Marielle Macé (2016), nous invite à l’engagement du regard, du geste, de l’être même, dans l’expérience et dans le vivre.
Notre travail interroge les pratiques d’humanisation, entendues comme ce qui humanise, rend humain, apporte de l’humanité. Elles concernent des dimensions très générales de la vie humaine (l’éducation, la socialisation, la transmission, la relation) et des activités situées (la construction éthique, les relations sociales et professionnelles, la médecine…). Certes, la notion d’humanisation peut relever du pléonasme, car toute activité humaine, y compris la plus cruelle et déréglée, est… humaine. « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », rappelait Montaigne pour condamner le rejet des « autres » dans la sous-humanité.
Mais ce pléonasme apparent désigne aussi une tâche qui, peut-être, définit l’humain : tenter de réaliser une certaine idée de soi, porteuse de principes dits « humanistes », pour que les sociétés, les milieux professionnels, les relations internationales tempèrent leur violence potentielle grâce à des pratiques respectueuses de la personne. Il s’agirait par exemple d’« humaniser » la médecine ou l’économie afin que ces activités ne finissent pas, paradoxalement, par nier l’humain, comme si le meilleur ennemi de l’humain était lui-même.
Nous étudions des exemples tels que : les arts dans la formation médicale pour l’humanisation des soins et la reconnaissance des « questions existentielles »; l’expérience esthétique dans la relation thérapeutique comme reconnaissance intersubjective; le souci de politiques éducatives visant l’humanisation, et non une simple « humanitarisation » que dénonçait Freire et que les études décoloniales ne cessent de révéler; un modèle d’éducation humanisante, propre à Tim Ingold, et aligné sur l’anthropologie; la confrontation des soignants au mystère de l’Autre au moment des fins de vie; la prise en compte des inégalités sociales dans l’humanisation du travail social; l’humanisation du système carcéral par l’art et la culture; l’attention au sujet existant; l’art participatif et décolonialisé, etc.
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