Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Jean-Vincent Bergeron-Gaudin : Université de Montréal
Au Québec, l’action communautaire auprès des jeunes s’appuie sur une riche tradition (Greissler, Lacroix et Morissette 2020). Fondé en 1970 à Montréal, le Bureau de consultation jeunesse (BCJ) a joué un rôle précurseur dans ce domaine, notamment par la défense des droits des jeunes pris en charge par la protection de la jeunesse et la lutte contre le profilage racial par les corps policiers. Durant les dernières années, cet organisme s’est engagé dans une démarche de recherche visant à souligner ses 50 ans d’existence et à documenter l’évolution de ses pratiques. Cette communication propose de revenir sur cette démarche à travers le concept de mémoire collective (Daphi et Zamponi 2019). Après avoir présenté les aspects méthodologiques de la recherche (analyse documentaire et entretiens avec des travailleur.euses et des jeunes de différentes époques), nous nous intéresserons principalement à l’intérêt que peut représenter le travail de mémoire collective pour un organisme communautaire. Trois thèmes seront ainsi explorés : la mémoire collective comme source d’apprentissage, la mémoire collective comme source d’identité et la mémoire collective comme condition à l’action. Notre réflexion nous conduira à aborder le rôle de la recherche dans la construction de la mémoire collective des organismes communautaires en défense de droits, dans une perspective de soutien à ces milieux de pratiques.
Cette année marque plusieurs anniversaires importants : les 20 ans de la loi de lutte contre la pauvreté, les 60 ans de la Ligue des droits et des libertés, et, encore, les 10 ans du printemps érable. C’est l’occasion de se demander où en est la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale au Québec des années plus tard. Et ce, d’autant plus que l’état des lieux des connaissances sur ces mouvements sociaux et la manière dont ils ont pu forger la défense collective des droits (DCD) des personnes en situation de pauvreté et d’exclusion sociale est lacunaire.
Concrètement, d’importants défis se posent pour les organismes et les regroupements en DCD sur le plan de la mobilisation, de la reconnaissance des mouvements sociaux, de leurs apports ou de leurs gains pour la société ou les personnes elles-mêmes, mais aussi, du développement de stratégies et d’occupation de l’espace social et médiatique. Les organismes communautaires de DCD sont particulièrement confrontés à la pénurie de main d’œuvre, au déclin de l’engagement militant, aux représentations négatives des personnes marginalisées entre autres.
Le contexte politique récent a des répercussions sur la DCD qu’il convient de mettre en exergue : les représentations négatives des personnes en situation de pauvreté (Landry et al., 2021) et leur responsabilisation ou le workfare (Barbier, 2009; Duvoux, 2011); le sous-financement récurrent des organismes en défense des droits, entre autres. Si le contexte néolibéral explique en grande partie les difficultés de mise à l’agenda politique de certaines luttes et le développement de stratégies moins confrontationnelles, plus invisibles et plus dispersées (Feldman, Strier et Koreh, 2017), nos travaux de recherche suggèrent également l’existence de difficultés à former la relève et à transmettre les savoirs militants (Greissler et Tremblay-Marcotte, 2020). Or, avec le temps, il existe un risque de perdre l’expertise de figures historiques de certaines luttes.
Ainsi, dans le cadre de ce colloque, les présentations retenues nous conduiront, dans un premier temps, à étayer le nécessaire travail de mémoire collective de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Dans un deuxième et troisième temps, selon différents points de vue théoriques (militant·e·s directement concerné·e·s, intervenant·e·s impliqué·e·s et chercheur·se·s), nous réfléchirons à la fois aux enjeux actuels, aux pratiques et aux perspectives d’avenir de la DCD.
Titre du colloque :
Thème du colloque :