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Mathieu Lizotte : Université d'Ottawa
Dans le contexte actuel de la montée du populisme de droite à l’échelle internationale, cette étude vise à examiner l’état actuel des tensions ethniques au Canada afin d'évaluer la thèse de l’exceptionnalisme canadien. Nous formulons une réponse à trois questions. La prévalence d’intolérance ethnique est-elle similaire selon les groupes ethniques ? Dans la perspective de la théorie de la position de groupe, dans quelle mesure la mosaïque canadienne est-elle verticale ou horizontale ? Enfin, les groupes ethniques au Canada adhèrent-ils à leur propre hiérarchie subjective de position de groupe distincte de la mosaïque canadienne ? Pour répondre à ces questions, nous avons effectué une analyse quantitative à partir des données du Provincial Diversity Project. Nos résultats suggèrent que la vaste majorité des Canadiens ont des attitudes qui sont très favorables à la compatibilité entre le pluralisme ethnique et le libéralisme politique. Toutefois, ils soulignent que l’étude sur l’intolérance ethnique devrait tenir compte des attitudes tant à l’échelle du groupe que de l’individu. Ce faisait, il est possible d’identifier une minorité d’individus qui témoigne d’un degré élevé d’intolérance à l’intérieur de chaque groupe ethnique. En d’autres termes, le plus grand obstacle au pluralisme ethnique n’est pas nécessairement le conflit ethnique en soi, mais une minorité d’individus pour qui l’ethnicité demeure une source fondamentale de division.
Le Brexit et l’élection de Donald Trump en 2016 ont eu une incidence profonde sur l’étude du populisme. Jusque-là considéré comme la chasse gardée des spécialistes de l’Amérique latine et de quelques spécialistes de l’extrême-droite en Europe de l’Ouest, le phénomène est devenu non seulement mainstream, mais il se développe également une littérature exponentielle sur sa relation avec un ensemble en lien avec d’autres phénomènes globaux, allant du climatosceptisme à la géopolitique, en passant par les mouvements antivaccins et le paramilitarisme d’extrême-droite.
Le présent colloque propose de se saisir de la question du populisme sous deux angles complémentaires parfois abordés dans la littérature. Le premier angle qui nous intéresse est le contexte de remise en question d’un exceptionnalisme canadien qui limiterait les manifestations de populismes. La thèse de l’exceptionnalisme canadien fut notamment mise de l’avant par le politologue Cas Mudde, selon qui les politiques canadiennes sur le multiculturalisme placeraient le pays à l’abri de telles mouvances. Or, du mouvement des camionneurs à aller jusqu’à l’élection de Pierre Poilievre à la tête du Parti conservateur du Canada en passant par la popularité de figures politiques comme Maxime Bernier et Éric Duhaime, il n’est plus possible de nier l’importance de formes de populismes au Canada. Nous explorerons les manifestations de cette mouvance politique à l’échelle fédérale, provinciale et municipale au pays.
Le deuxième angle est celui de la relation entre le populisme et les nationalismes ainsi que leurs transformations au Canada et au Québec. Si la littérature scientifique a souvent abordé la question de la relation du nationalisme au populisme sous un angle théorique, elle a été moins féconde en ce qui a trait à l’étude empirique de ces deux idéologies politiques. Une importante portion de ce colloque sera donc consacrée à l’étude des transformations des populismes et nationalismes au Canada et aux transformations dans la mobilisation des clôtures sociales impliquées par ces changements sociaux.
Thème du colloque :