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Aline Verneau : EHESS
Ce travail de thèse se consacre aux productions littéraires contemporaines d’écrivains autochtones des Amériques, du Nord comme du Sud. Il a pour objet principal l’ensemble de la chaîne de création et de production de la littérature autochtone. Alliée à une approche nécessairement sociologique et anthropologique, l’étude par les outils littéraires de cet objet se veut un apport tant au champ littéraire qu’au champ d’études américanistes selon une approche continentale inédite.
L'étude se concentre particulièrement sur deux pôles importants de la littérature autochtone des Amérique : le Canada et le Mexique. Il s’agit de deux pays qui concentrent un grand nombre d’écrivains autochtones mais aussi un réseau d’institutions, de prix et de publications étendu. La comparaison entre ses deux contextes éclaire et nuance nos réflexions par leurs différences majeures. Le thème de la nature, qui est au centre de la thématique du colloque de l’ACFAS, est repris dans ces deux contextes comme un élément tant de confrontation avec les conséquences de la colonisation pour les communautés autochtones que dans une logique de légitimation de ces dernières.
Dans le cas du Mexique, le thème de la nature s’inscrit dans une conception conçue et présentée à travers le prisme de croyances pour en faire un thème propre aux communautés autochtones. Dans le cas du Canada, celui-ci passe par l’évocation d’un mode de vie nomade précédant le processus de colonisation et contrastant avec une vie sédentaire.
Ce colloque porte autant sur la notion d’autochtonie (comme catégorie juridique et levier politique de reconnaissance) que sur la manière dont elle se décline et se discute en Afrique. Autrement dit, si le continent africain servira de repère, c’est pour mieux permettre le dialogue avec les nombreux travaux abordant plus généralement l’autochtonéité, en particulier en Amérique du Nord.
De la sorte, les communications apporteront des éclairages quant à une diversité de terrains, et ce, dans la mesure où les multiples configurations étudiées offrent des occasions de discussion avec les réalités africaines, mais la réciproque n’en sera pas moins vraie.
Ainsi, ce qui rassemble ces peuples tient dans les déclarations les reconnaissant en tant que cultures spécifiques au sein de la modernité avancée. Pour autant, au-delà du terme unificateur, ces spécificités se déclinent de bien des manières.
Pour exemple, si foncièrement la qualification des populations autochtones se révèle relativement clairement établie en Amérique du Nord, il n’en va pas de même pour le continent africain, dont l’histoire coloniale est profondément différente et où se trouve interrogée la distinction des peuples selon une continuité historique.
L’intention de cette rencontre s’inscrit bien dans le contexte francophone, en ce sens que l’ancienne puissance coloniale a contribué à produire des configurations extrêmement hétérogènes. En effet, entre l’autochtonie à l’ouest de l’Atlantique, où la définition du primo-arrivant peut faire sens, face à des Européens restés sur place pour faire souche, au contraire c’est une autochtonie controversée qui se présente en Afrique, où le colonisateur n’a pas laissé derrière lui de semblables communautés, durablement installées. De plus, dans nombre de pays africains, les ethnies majoritaires revendiquent l’ancienneté séculaire de leur présence, reprochant à l’autochtonisation la saveur amère d’une injonction conceptuelle produite par des instances internationales éloignées.
Au-delà d’un comparatisme hasardeux, devant la diversité des contextes, les sessions proposées viseront davantage à alimenter les réflexions qui, en Amérique du Nord notamment, cherchent à concilier justice environnementale et équité sociale, et ce, en apportant des regards quant à d’autres contextes, que nous pensons utiles à l’objectivation. Que nous disent les travaux africanistes quant au traitement politique de l’autochtonie, mêlant plusieurs échelles d’analyse qui s’entrecoupent : internationale, nationale et locale ? Qui en sont les acteurs et quels groupes s’y trouvent impliqués ? Qu’est-ce que la notion d’autochtonie exprime vis-à-vis de la modernité réflexive ? En quoi ces démarches répondent-elles au souci d’éthique qu’elles avancent ?
Enfin, il paraîtra central d’insister sur la dimension de vulnérabilité qui est associée à l’idée de peuple autochtone. Dans ce cadre, les spécialistes des Amériques apporteront leurs expertises, étayées par plusieurs décennies critiques.
Titre du colloque :