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Arnaud Morange : Institut régional du travail social Normandie-Caen
Face à l’urgence environnementale, les organisatrices de ce colloque alertent à juste titre sur la nécessité de transformations en profondeur de nos manières d’être et de faire, y compris dans le champ du travail social. Si les intervenants sociaux du Québec sont déjà engagés dans des démarches multiples, ce n’est pas le cas en France, pour des raisons que nous rappellerons. Puis nous dresserons un état des lieux (actualisé) de la place des questions écologiques et environnementales dans les métiers du travail social et dans ses formations dans l’hexagone, pour mieux alerter sur l’impérieuse nécessité, ici comme ailleurs, de dépasser l’approche par l’accompagnement en insertion et la sensibilisation à la cause de la Nature. Il est temps de porter haut et fort la transition écologique et sociale à propos de laquelle de nombreux auteurs alertent depuis les années 1970 (nous ferons là aussi un rapide résumé de la pensée en la matière). La transformation, pour le travail social, doit être éducative (point sur les contenus dans nos formations), déterminée (état de la propension à agir) et active. Sur ce dernier point, nous présenterons une recherche participative qui s’engagera au moment du colloque, sur la sobriété et l’adaptation énergétiques vues par les habitants d’un quartier populaire de la ville de Caen (conditions d’adhésion ; mise en œuvre ; enjeux et perspectives).
Les changements climatiques représentent l’un des plus gros défis auxquels l’humanité est confrontée au 21e siècle (IPCC, 2021; WHO, 2021). Les effets sociaux, environnementaux, sanitaires, économiques et politiques sont multiples et dévastateurs, et interpellent directement les intervenantes et intervenants sociaux qui travaillent de près avec les communautés les plus touchées par ces changements : « Les effets socioécologiques des changements climatiques se font sentir avec acuité sur les populations et les communautés les plus opprimées et les plus démunies » (Thésée et Carr, 2008, p. 15).
Ces effets socioécologiques pressent de plus en plus les intervenantes et intervenants sociaux à s’engager davantage face aux risques et catastrophes (Maltais et al., 2022; Maltais, 2003), dans la formation écosociale (Drolet et al., 2015), par des actions de prévention, d’écologisation des institutions sociales (Grandgeorge, 2022) et de politisation (Latour, 2021) dans les communautés territoriales (RQIIAC, Bernard et Michaud, 2020). D’ailleurs, il faut noter que les personnes œuvrant en travail social, notamment en action collective (Comeau, Bourque et Lachapelle, 2018; Lachapelle, 2017), se sont depuis longtemps engagées dans les luttes environnementales et pour la justice écosociale au Québec (Comeau, 2010), à l’échelle autant locale qu’internationale (Dominelli, 2018; Gonzalez-Hidalgo 2020).
Toutefois, bien que ces pratiques d’intervention écosociales foisonnent au Québec, elles demeurent trop peu documentées. Cela peut s’expliquer par le fait que les milieux du travail social universitaires et francophones ont tardé à développer ce champ de connaissances du travail « écosocial ». Considérant l’état embryonnaire de cet intérêt pour le travail écosocial, les connaissances sous-jacentes à la discipline du travail social n'ont pas encore été influencées par une pensée plus écosociale (Larocque, Roy et MacDonald, 2022; Varoch et Mickey, 2022; Jochems, Poisson et Létourneau, 2017), tout comme la formation n’a pas été influencée par l’écologie, et ce, malgré l’urgence climatique croissante. Cela est vrai pour les savoirs, la pédagogie et la pratique du travail social partout au Québec, comme dans le reste de la francophonie canadienne, où ces initiatives sont rarement évoquées.
Pour ce faire, il est indispensable de repenser la relation entre l’humain et la nature, et ce, au regard des fondements relationnels de la crise climatique (Rosa, 2018; Latour, 2021). Il convient alors d’interroger les types de récits, alternatifs ou existants mais mis sous silence, qui contribuent à décoloniser la nature et nouer avec elle une relation mutuelle (Tapia et Magnenat, 2020), basée sur des principes de réciprocité (Larocque, soumis) et de pensée plurivers (Escobar, 2018).
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