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Claire Benveniste : Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Les curricula de formation des enseignants sont structurés par différentes frontières (au sens de Bernstein, 2007, p. 41) : entre les enseignements dits transversaux et les enseignements de didactiques disciplinaires, ainsi qu’entre les enseignements dits théoriques et les enseignements dits professionnalisants.
Les enseignements de didactiques sont souvent évalués par un « dossier réflexif » prenant appui sur les stages en établissement et devant faire appel à des problématiques transversales. Plusieurs dizaines de ces dossiers ont été recueillis dans deux centres de formation. Nous avons cherché à identifier les objets analysés par les enseignants en formation (« à quoi réfléchissent-ils ? »), ainsi que les savoirs et les types de savoirs (Altet, 2008, pp. 93-94) qu’ils mobilisent dans leurs écrits (« avec quoi réfléchissent-ils ? »). Nous montrons que les stagiaires analysent peu « les difficultés rencontrées par les élèves et portent leur attention sur des formes d’organisation au détriment des savoirs » à transmettre (Toullec-Théry, 2015, p. 15) et mobilisent également très peu de savoirs universitaires (y compris sous des formes vulgarisées ou « traduites »). Les cadrages de ces évaluations, à l’échelle académique ou propres à un formateur, sont étudiés pour comprendre ces écarts entre les possibilités offertes par l’écriture réflexive en formation et la réalité telle que nous l’analysons à travers ces dossiers.
Le mouvement de professionnalisation des formations à l’enseignement a traversé les contextes, les politiques et les réformes éducatives. Il s’est développé à l’échelle internationale au cours de la seconde moitié du 20e siècle et s’est intensifié ou a pris de nouvelles voies ces dernières décennies dans différents pays comme la France, le Brésil ou le Canada. Porté notamment par des chercheurs en éducation, ce mouvement a fait émerger divers modèles de formation et les a aussi éprouvés au fil du temps. En effet, ces modèles produits par la science ont rencontré avec plus ou moins de proximité les référentiels politiques de la professionnalisation et les demandes de reconnaissance exprimées par les groupes professionnels d’enseignants. Il est indéniable que le mouvement s’est essoufflé avant même d’avoir pu répondre à toutes les attentes et à tous les espoirs placés dans la professionnalisation de l’enseignement, parmi lesquels nous pouvons citer : le développement de systèmes d’éducation de qualité grâce à une formation des enseignants de haut niveau; la mise en œuvre de politiques éducatives orientées vers la démocratisation de l’accès au savoir; le renforcement de l’attractivité de la profession enseignante grâce à la formation universitaire et à l’opérationnalisation d’un nouveau modèle de professionnalité basé sur la réflexivité et la capacité d’adaptation aux mutations de l’école tout au long de la vie professionnelle; l’amélioration des conditions de travail des professionnels de l’éducation.
Ce colloque propose de porter un regard nouveau, compréhensif et critique sur les écarts entre les promesses de la professionnalisation et la réalité de l’essoufflement d’un mouvement pourtant prometteur pour l’éducation à l’échelle mondiale. En mettant l’accent sur l’évolution des formations à l’enseignement, nous visons à interroger différents champs de tension qui influent aussi bien sur le processus de professionnalisation que sur les finalités qui lui sont assignées.
Titre du colloque :