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Jeanne Dagenais-Lespérance : PRAIDA, CIUSSS Centre-Ouest
Nous nous placerons du point de vue étudiant pour entamer ici une réflexion sur les programmes de formation en travail social au Québec. En effet, ce sont les expériences et réflexions sur les liens entre l’environnement et le travail social que l’autrice a documentées dans le cadre de son mémoire de maîtrise(Dagenais-Lespérance, 2021). Ce sont donc ces résultats de recherche qui seront présentés.
Des données qualitatives ont été recueillies par le biais de trois groupes de discussion en ligne, regroupant des personnes qui étudient en travail social dans des universités québécoises. Une analyse thématique réflexive(Braun et al., 2019), ancrée dans une méthodologie ethnographique féministe(Haraway, 1988; Harding, 1992; Hill Collins, 2003; Naples, 1996, 2003) un cadre conceptuel nepantla(Anzaldúa, 1999; Anzaldúa et Keating, 2002), aura permis de dégager les constats principaux du mémoire. Bien que cette contribution ne s’attardera pas longuement sur la méthodologie de recherche afin de laisser plus de place aux résultats, elle sera néanmoins abordée, car elle témoigne d’enjeux théoriques importants rencontrés en chemin.
Les sept thèmes résultants de l’analyse des données seront abordés, permettant de mieux comprendre les préoccupations étudiantes récentes. Ils peuvent aussi servir de pistes pour guider des transformations dans la formation en travail social au Québec.
Les changements climatiques représentent l’un des plus gros défis auxquels l’humanité est confrontée au 21e siècle (IPCC, 2021; WHO, 2021). Les effets sociaux, environnementaux, sanitaires, économiques et politiques sont multiples et dévastateurs, et interpellent directement les intervenantes et intervenants sociaux qui travaillent de près avec les communautés les plus touchées par ces changements : « Les effets socioécologiques des changements climatiques se font sentir avec acuité sur les populations et les communautés les plus opprimées et les plus démunies » (Thésée et Carr, 2008, p. 15).
Ces effets socioécologiques pressent de plus en plus les intervenantes et intervenants sociaux à s’engager davantage face aux risques et catastrophes (Maltais et al., 2022; Maltais, 2003), dans la formation écosociale (Drolet et al., 2015), par des actions de prévention, d’écologisation des institutions sociales (Grandgeorge, 2022) et de politisation (Latour, 2021) dans les communautés territoriales (RQIIAC, Bernard et Michaud, 2020). D’ailleurs, il faut noter que les personnes œuvrant en travail social, notamment en action collective (Comeau, Bourque et Lachapelle, 2018; Lachapelle, 2017), se sont depuis longtemps engagées dans les luttes environnementales et pour la justice écosociale au Québec (Comeau, 2010), à l’échelle autant locale qu’internationale (Dominelli, 2018; Gonzalez-Hidalgo 2020).
Toutefois, bien que ces pratiques d’intervention écosociales foisonnent au Québec, elles demeurent trop peu documentées. Cela peut s’expliquer par le fait que les milieux du travail social universitaires et francophones ont tardé à développer ce champ de connaissances du travail « écosocial ». Considérant l’état embryonnaire de cet intérêt pour le travail écosocial, les connaissances sous-jacentes à la discipline du travail social n'ont pas encore été influencées par une pensée plus écosociale (Larocque, Roy et MacDonald, 2022; Varoch et Mickey, 2022; Jochems, Poisson et Létourneau, 2017), tout comme la formation n’a pas été influencée par l’écologie, et ce, malgré l’urgence climatique croissante. Cela est vrai pour les savoirs, la pédagogie et la pratique du travail social partout au Québec, comme dans le reste de la francophonie canadienne, où ces initiatives sont rarement évoquées.
Pour ce faire, il est indispensable de repenser la relation entre l’humain et la nature, et ce, au regard des fondements relationnels de la crise climatique (Rosa, 2018; Latour, 2021). Il convient alors d’interroger les types de récits, alternatifs ou existants mais mis sous silence, qui contribuent à décoloniser la nature et nouer avec elle une relation mutuelle (Tapia et Magnenat, 2020), basée sur des principes de réciprocité (Larocque, soumis) et de pensée plurivers (Escobar, 2018).
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