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Olivier Vallerand : Université de Montréal
La formule pédagogique au cœur de l’enseignement de l’architecture et du design repose sur le travail en atelier visant la reproduction de l’expérience future de la pratique. Cependant, la plupart des projets proposés aux étudiant-es par cette formule repose sur un-e client-e et des usager-ères fictif-ves, ce qui souvent amène à éviter une réflexion sur les besoins réels et sur la discussion entre concepteur-trices, client-es et usager-ères. Il devient ainsi facile de faire abstraction des enjeux éthiques qui encadrent la pratique du design. Cette communication présente la démarche participative développée dans un atelier de cycles supérieurs en design d’intérieur à l’Université de Montréal. L’atelier visait à explorer des pistes de réaménagement pour un organisme travaillant auprès de jeunes de 16 à 21 ans en itinérance ou à risque de l’être. En s’inspirant des réflexions d’expert-es en design et en travail social et de l’expérience d’Architecture sans frontières Québec, les étudiantes ont élaboré leurs propres stratégies de travail collaboratif afin de bien comprendre les besoins des jeunes et des intervenant-es. La communication se concentre sur l’expérience d’une étudiante ayant participé à l’atelier, sur ses apprentissages et sur les défis soulevés par le projet, en dialogue avec les intentions ayant guidé l’enseignant responsable.
Pour mettre fin à l’itinérance, de nombreux acteurs institutionnels et communautaires postulent que la solution passe par l’obtention d’un logement (Gaetz, Scott et Gulliver, 2013; MSSS, 2021). Or, Montréal, comme toutes les grandes villes occidentales, n’échappe pas à la pression liée à la spéculation immobilière, au manque de logement social et abordable, au tourisme de masse et aux exigences esthétiques. Cette pression a d’abord pour effet de provoquer un déplacement incessant des populations qui occupent l’espace public et qui sont jugées comme étant indésirables (Harvey, 2011; Parazelli, 2021). Cette pression a ensuite pour effet de rendre difficile la matérialisation des solutions dites idéales pour mettre fin à l’itinérance (Gaetz, Gulliver et Richter, 2014; Buchnea, Legate, McKitterick et Morton, 2021). Force est de constater que toutes les populations n’ont pas un accès égal à la ville. Les populations en situation d’itinérance sont plus que jamais cachées ou repoussées dans des quartiers ou des espaces non centraux, souvent loin des services qui leur sont dédiés (Lavigne, 2014; Loison-Leruste, 2014; Wasserman et Clair, 2010). Elles vivent également de nombreuses barrières à l’accès pour les programmes de sortie de rue, dont les places sont trop peu nombreuses et principalement accessibles aux personnes jugées comme les plus aptes à sortir d’un mode de vie à la rue (Namian, 2021; 2018). La réflexion sur l’itinérance porte ainsi très souvent sur les pratiques qui peuvent ou devraient être mises en place pour y mettre fin.
En parallèle à cette réflexion, l’itinérance est une expérience vécue quotidiennement par de nombreuses personnes. Lorsqu’on regarde l’itinérance sous le prisme d’une expérience vécue quotidiennement, un déplacement peut s’opérer dans la réflexion critique, passant de l’analyse d’éléments macrosociologiques (p. ex., les politiques sociales, des programmes, les pratiques d’intervention) à une analyse microsociale (p. ex., le bien-être, le rapport personnel à l’espace, les stratégies à mettre en place pour soutenir les besoins journaliers des personnes, leur droit à l’autodétermination). Qu’il s’agisse de circuler, occuper l’espace public ou habiter la ville de différentes manières, la réflexion ne peut se centrer exclusivement sur le fait de mettre fin à l’itinérance. C’est pourquoi nous vous invitons à contribuer à une réflexion plus large sur les gestes et les pratiques mis ou à mettre en place pour soutenir le bien-être des personnes en situation d’itinérance.
Cette journée veut donc apporter des éléments théoriques et pratiques à la question des conditions pour habiter et exister dans une ville aujourd’hui. Utilisant à la fois des exemples de campements urbains, des projets d’aménagement conçus par ou pour les personnes en situation d’itinérance ainsi que des réflexions sur les politiques et pratiques existantes, nous nourrirons la question des conditions nécessaires pour mieux « vivre-ensemble ».
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