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Architecture + Itinérance : mobiliser l’aménagement pour favoriser le bien-être des personnes en situation d’itinérance

SB

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Sonia Blank : Architecture Sans Frontières Québec

Résumé de la communication

Plusieurs gestes d’aménagement peuvent contribuer au processus d’invisibilisation des personnes en situation d’itinérance urbaine (PSI). Le design hostile est l’un de ceux qui est le mieux connu, à savoir le design de dispositifs mis en place afin d’en exclure des groupes d’individus ciblés de l’espace public. Plusieurs autres gestes passent souvent plus inaperçus, tels que les démantèlements de campements urbains, les protestations citoyennes (« NIMBY ») contre l’implantation de services destinés aux PSI au sein d’un quartier, l’organisation d’événements créant une grande affluence dans des lieux qu’ils occupent historiquement et qui contribue à la dilution de ceux-ci dans l’espace. De façon consciente ou non, ces gestes d’aménagement visent à rendre invisible, aux yeux des citoyens mieux nantis, la pauvreté qui, évidemment, n’en est pas pour autant enrayée. Nous posons l’hypothèse que, si le design peut, d’un côté, contribuer à l’exclusion des PSI, il a, de l’autre, le potentiel, d’être mobilisé afin de favoriser leur bien-être. Cette présentation a pour but d’expliciter la manière dont les pratiques d’aménagement de la ville peuvent favoriser le bien-être des personnes en situation d’itinérance urbaine. Elle est basée sur une revue de littérature (N = 150) qui visait à dresser un portrait des pratiques d’aménagement pouvant favoriser le bien-être des PSI.

Résumé du colloque

Pour mettre fin à l’itinérance, de nombreux acteurs institutionnels et communautaires postulent que la solution passe par l’obtention d’un logement (Gaetz, Scott et Gulliver, 2013; MSSS, 2021). Or, Montréal, comme toutes les grandes villes occidentales, n’échappe pas à la pression liée à la spéculation immobilière, au manque de logement social et abordable, au tourisme de masse et aux exigences esthétiques. Cette pression a d’abord pour effet de provoquer un déplacement incessant des populations qui occupent l’espace public et qui sont jugées comme étant indésirables (Harvey, 2011; Parazelli, 2021). Cette pression a ensuite pour effet de rendre difficile la matérialisation des solutions dites idéales pour mettre fin à l’itinérance (Gaetz, Gulliver et Richter, 2014; Buchnea, Legate, McKitterick et Morton, 2021). Force est de constater que toutes les populations n’ont pas un accès égal à la ville. Les populations en situation d’itinérance sont plus que jamais cachées ou repoussées dans des quartiers ou des espaces non centraux, souvent loin des services qui leur sont dédiés (Lavigne, 2014; Loison-Leruste, 2014; Wasserman et Clair, 2010). Elles vivent également de nombreuses barrières à l’accès pour les programmes de sortie de rue, dont les places sont trop peu nombreuses et principalement accessibles aux personnes jugées comme les plus aptes à sortir d’un mode de vie à la rue (Namian, 2021; 2018). La réflexion sur l’itinérance porte ainsi très souvent sur les pratiques qui peuvent ou devraient être mises en place pour y mettre fin.

En parallèle à cette réflexion, l’itinérance est une expérience vécue quotidiennement par de nombreuses personnes. Lorsqu’on regarde l’itinérance sous le prisme d’une expérience vécue quotidiennement, un déplacement peut s’opérer dans la réflexion critique, passant de l’analyse d’éléments macrosociologiques (p. ex., les politiques sociales, des programmes, les pratiques d’intervention) à une analyse microsociale (p. ex., le bien-être, le rapport personnel à l’espace, les stratégies à mettre en place pour soutenir les besoins journaliers des personnes, leur droit à l’autodétermination). Qu’il s’agisse de circuler, occuper l’espace public ou habiter la ville de différentes manières, la réflexion ne peut se centrer exclusivement sur le fait de mettre fin à l’itinérance. C’est pourquoi nous vous invitons à contribuer à une réflexion plus large sur les gestes et les pratiques mis ou à mettre en place pour soutenir le bien-être des personnes en situation d’itinérance.

Cette journée veut donc apporter des éléments théoriques et pratiques à la question des conditions pour habiter et exister dans une ville aujourd’hui. Utilisant à la fois des exemples de campements urbains, des projets d’aménagement conçus par ou pour les personnes en situation d’itinérance ainsi que des réflexions sur les politiques et pratiques existantes, nous nourrirons la question des conditions nécessaires pour mieux « vivre-ensemble ».

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 9 mai 2023

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