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Alain Kerlan : Université Lumière-Lyon-II
L’entrée de l’art et de la culture au cœur des prisons peut-elle être analysée comme un processus d’humanisation du système carcéral ? Ou n’est-elle pas un chemin qui conduit à interroger le sens et les usages de cette notion ? Le constat est que les expériences de résidences artistiques en milieu pénitentiaire se développent. Ici, un comédien fait jouer En attendant Godot de Beckett à des détenus ; là un metteur-en-scène monte un spectacle à partir d’un scénario écrit par un détenu, un plasticien investit un centre pénitentiaire et y compose de vastes photographies déployées dans toute l’enceinte de la prison, un écrivain accompagne des détenus sur les chemins de l’écriture. On peut s’étonner des livres empruntés à la bibliothèque de la prison: la poésie et les biographies sont particulièrement prisées. Les ateliers de philosophie y trouvent également place. Quelques détenus en reprise d’études s’engagent dans des « humanités carcérales ». La communication contribue à l’étude et à la compréhension des effets produits par ces présences de l’art et de la culture en milieu carcéral, d’une part par l’analyse d'exemples de résidences artistiques et culturelles et de l’expérience esthétique et culturelle dans laquelle engagent ces interventions, d’autre part en interrogeant la perspective philosophique et politique d’une émancipation par l’art et la culture sur laquelle reposent ces pratiques. Cette démarche conduira notamment à mettre l’accent sur le concept d’individuation.
Notre travail interroge les pratiques d’humanisation, entendues comme ce qui humanise, rend humain, apporte de l’humanité. Elles concernent des dimensions très générales de la vie humaine (l’éducation, la socialisation, la transmission, la relation) et des activités situées (la construction éthique, les relations sociales et professionnelles, la médecine…). Certes, la notion d’humanisation peut relever du pléonasme, car toute activité humaine, y compris la plus cruelle et déréglée, est… humaine. « Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage », rappelait Montaigne pour condamner le rejet des « autres » dans la sous-humanité.
Mais ce pléonasme apparent désigne aussi une tâche qui, peut-être, définit l’humain : tenter de réaliser une certaine idée de soi, porteuse de principes dits « humanistes », pour que les sociétés, les milieux professionnels, les relations internationales tempèrent leur violence potentielle grâce à des pratiques respectueuses de la personne. Il s’agirait par exemple d’« humaniser » la médecine ou l’économie afin que ces activités ne finissent pas, paradoxalement, par nier l’humain, comme si le meilleur ennemi de l’humain était lui-même.
Nous étudions des exemples tels que : les arts dans la formation médicale pour l’humanisation des soins et la reconnaissance des « questions existentielles »; l’expérience esthétique dans la relation thérapeutique comme reconnaissance intersubjective; le souci de politiques éducatives visant l’humanisation, et non une simple « humanitarisation » que dénonçait Freire et que les études décoloniales ne cessent de révéler; un modèle d’éducation humanisante, propre à Tim Ingold, et aligné sur l’anthropologie; la confrontation des soignants au mystère de l’Autre au moment des fins de vie; la prise en compte des inégalités sociales dans l’humanisation du travail social; l’humanisation du système carcéral par l’art et la culture; l’attention au sujet existant; l’art participatif et décolonialisé, etc.
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