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Consentement libre et éclairé et stérilisations imposées de femmes des Premières Nations et Inuit au Québec, Canada

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Patricia Bouchard : UQAT - Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

Résumé de la communication

La colonisation au Canada entraîne de multiples répercussions sur la santé des femmes autochtones, particulièrement dans un contexte de gynéco-obstétrique. Malgré l’existence de protections légales, les femmes autochtones sont toujours la cible de plusieurs formes de discrimination dans le système de santé et le besoin de stratégies de décolonisation est criant. À cet effet, la stérilisation imposée est une réalité méconnue et incompréhensible en raison du degré de violence que ce geste implique et des femmes autochtones subissent d’importantes violations de leurs droits dans un contexte de soins en gynéco-obstétrique au Québec. Les témoignages qui émanent de cette recherche, aussi bouleversants soient-ils, viennent affirmer la nécessité d’aborder ce sujet de front. Ce projet vise à pallier le manque de données sur la stérilisation imposée de femmes des Premières Nations et Inuit. La collecte de donnée, réalisée entre mai 2021 et janvier 2022, a permis de recueillir 35 témoignages de personnes issues de cinq nations distinctes. Force est de constater que l’analyse des témoignages recueillis dans le cadre de la présente recherche, juxtaposée aux conclusions de récents travaux menés sur les enjeux auxquels font face les Premières Nations et les Inuit dans les services publics au Québec, converge vers un constat clair, soit la présence de racisme systémique.

Résumé du colloque

Pour l’historien et philosophe huron-wendat Georges E. Sioui, les profonds bouleversements produits par les épidémies d’origines européennes en Amérique constituent un désastre dont il est indispensable de prendre en compte « si l’on veut déculpabiliser, et ainsi rapprocher, les héritiers des deux civilisations en cause, l’amérindienne et l’européenne ». Cette invitation à repenser les répercussions du choc microbien et de la dépossession du territoire sur la santé des populations autochtones et leurs relations avec la société coloniale a été lancée dès 1989. En 1985, Denys Delâge avait souligné que sans cette brèche ouverte par les épidémies, qui avaient « profondément bouleversé la géographie humaine de l’Amérique du Nord-Est », il aurait été impossible de « renverser » le pays, et aux Européens de le coloniser. Et pourtant, l’étude de l’incidence des épidémies et du déploiement de la médecine coloniale sur les populations autochtones depuis le 17e siècle jusqu’à aujourd’hui est encore un champ de recherche embryonnaire. Notre colloque invite les chercheur·se·s et les professionnel·le.s de la santé à s’interroger sur les répercussions historiques et contemporaines des épidémies et du colonialisme sur le rapport qu’entretiennent les Premières Nations avec la médecine, ainsi que sur les représentations des corps et de la santé autochtones construites et entretenues par la société coloniale.
En 1996, le rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones faisait un constat accablant sur l’état de santé et les conditions de vie des Premières Nations, qui rappellent parfois ceux des pays du tiers monde. Malgré le chemin parcouru depuis bientôt 30 ans, il existe encore un écart notable entre l’accès aux soins de santé pour les communautés autochtones et le reste de la population nord-américaine. De nombreuses Premières Nations font toujours face à des problèmes de santé endémiques résultant de la colonisation de leurs territoires, de l’extraction des ressources naturelles, de la pollution par des activités minières ou des déversements industriels toxiques, et de leur marginalisation au sein de la société. Parmi les « Appels à l’action » de la Commission de vérité et réconcialiation du Canada (2015) figure la reconnaissance « que la situation actuelle sur le plan de la santé des Autochtones au Canada est le résultat direct des politiques des précédents gouvernements canadiens » […] et la « mise en application les droits des Autochtones en matière de soins de santé tels qu’ils sont prévus par le droit international et le droit constitutionnel, de même que par les traités ».
Enfin, de récents événements tragiques tels que la mort de Brian Sinclair en 2008 et de Joyce Echaquan en 2020 ont révélé avec fracas les inégalités, la discrimination et les défaillances que nos systèmes de santé imposent aux Autochtones, qui sont toujours confrontés à une indifférence structurelle et au racisme systémique prévalant dans les milieux hospitaliers à l’échelle du pays.

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 9 mai 2023

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