Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Alexandre L'archevêque : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans les sociétés néolibérales contemporaines, l’usage d’agents psychopharmacologiques s’étend bien au-delà du cadre médical de la psychiatrie. Il est même courant que des médicaments psychiatriques soient prescrits au sein de la population générale, et ce, sans qu’un diagnostic en bonne et due forme n’ait été posé. Si les motifs particuliers de ces prescriptions varient, un facteur commun tend à les regrouper, c’est-à-dire se conformer aux pressions de performance du milieu de travail. Par ailleurs, bien que les attentes à l’endroit des médicaments soient souvent formulées selon une logique d’ajout de ce qui manque (p. ex., hausser les capacités d’attention) et/ou de retrait de ce qui excède (p. ex., réduire l’anxiété), leurs effets ne sont pas aussi précis et spécifiques que peut le laisser entendre l’étymologie de certains termes : un antidépresseur (littéralement « contre la dépression ») n’agit qu’indirectement sur l’humeur. Dès lors, quels sont les impacts réels de cette fausse promesse pour le sujet? À partir d’observations issues de la psychologie clinique, de l’intervention psychosociale, de même que d’une revue critique de publications scientifiques, divers enjeux éthiques reliés à un tel usage des médicaments psychiatriques dans la population générale seront discutés. Notre propos s’articulera autour de deux axes : 1) le façonnage du sujet en fonction des attentes sociales; 2) les effets encore méconnus des médicaments psychiatriques sur les états mentaux.
De l’usage de psychostimulants à celui de microdoses de LSD, le recours à des médicaments et autres substances en vue d’améliorer l’attention, la mémoire, la concentration, l’éveil, la créativité et, plus globalement, les performances cognitives, semble constituer un phénomène de plus en plus prégnant dans les milieux de travail aujourd’hui. Cette utilisation extramédicale paraît s’imposer de plus en plus comme une solution légitime pour faire face aux paramètres de la compétition professionnelle et répondre aux exigences de productivité, d’excellence et de dépassement propres aux sociétés néolibérales. Principalement étudiée sous l’angle de la bioéthique (tricherie, dopage, etc.) et de la santé publique, l’analyse sociologique de cette transformation normative et des modalités de ce recours reste encore à parfaire. À partir de cas concrets, ce colloque vise à explorer les formes de savoirs, les représentations, valeurs et normes de performance qui sont propres à la pratique quotidienne ou ordinaire de divers métiers (par exemple, les bétabloquants chez les musiciens, les psychostimulants et nootropics dans les milieux de la finance, etc.). Entre médicaments et normes, c’est davantage sous l’angle de la banalisation et dans la « perspective de l’ordinaire » (Ogien, 2012) plutôt que du caractère sensationnaliste ou alarmiste du phénomène que nous proposons de scruter ces pratiques pour en cerner les significations sociales. Comment « devient-on » concrètement performant, au quotidien ? Comment s’engage-t-on dans la « carrière » (au sens interactionniste du terme) d’usager de smart drugs ? Quelles transformations identitaires s’opèrent dans la quête de performance et quel rôle y occupe le recours aux smart drugs ? Par l’entremise des contributions empiriques et théoriques, ce colloque permettra d’explorer en profondeur les multiples dimensions que recouvrent les notions de performance et d’identité, trop souvent tenues pour acquises dans l’analyse du phénomène.
Titre du colloque :