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Des phraséologismes impliqués dans l’expression de la prétérition. Une approche contrastive : français, roumain, anglais

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Daciana Vlad : Université d'Oradea

Résumé de la communication

Nous décrirons des phraséologismes impliqués dans l’expression de la prétérition en français, en roumain et en anglais. Il s’agit d’expressions préfabriquées qui servent à affirmer qu’on ne dit pas quelque chose que l’on va pourtant dire (pour ne pas le nommer, inutile de le dire, etc.).

En nous appuyant sur nos recherches antérieures concernant les marqueurs de la prétérition en français, nous étudierons également des phraséologismes exprimant la prétérition en roumain (ca să nu-i spun pe nume ‘pour ne pas le nommer’, e inutil s-o spun ‘inutile de le dire’) et en anglais (needless to say, I hate to name names(, but...), it goes without saying).

Dans une approche micro-diachronique, nous expliquerons l’émergence de ces marqueurs dans les trois langues. Notre comparaison des phraséologismes analysés concernera aussi les niveaux syntaxique et sémantico-pragmatique. Nous examinerons également leur degré de figement.

Au niveau syntaxique, nous montrerons que ces structures, négatives par le sens et le plus souvent aussi par la forme, sont généralement construites autour d’un verbe ou d’un nom de parole. Nous chercherons également à dégager leurs différentes valeurs sémantico-pragmatiques telles que : l’emphase, en ce qu’elles permettent d’attirer l’attention sur ce qu’on prétend ne pas dire ; l’évidence, dans le cas des expressions qui présentent un fait comme connu et accepté de tous ; l’atténuation, lorsqu’elles accompagnent la formulation d’un acte de langage menaçant.

Résumé du colloque

Les phraséologismes (aussi appelés unités phraséologiques ou phrasèmes) sont des séquences :
– polylexicales, c’est-à-dire qu’elles sont formées d’au moins deux unités utilisées, avec une certaine récurrence, en contiguïté ou à proximité dans les textes (p. ex. au Québec, coûter une beurrée, en France et en Suisse, coûter bonbon, en Belgique, coûter un os; Lamiroy et al., 2010, p. 33-34);
– préfabriquées d’un point de vue cognitif. Il y a mémorisation « connectée » des unités figurant dans leur signifiant;
– contraintes sur le plan paradigmatique. Les unités en présence ne commutent pas librement avec d’autres unités de sens proche (p. ex. : *coûter une tranche). D’autres contraintes peuvent s’ajouter, notamment d’ordre syntaxique (p. ex. : impossibilité de passiver, d’introduire une négation) et pragmatique (p. ex. : l’affiche apportez votre vin sera placée bien en vue à l’entrée d’un restaurant au Québec).

La vaste classe des phraséologismes n’est pas unifiée. À titre indicatif, Iordanskaja et Mel’čuk (2017) proposent une typologie des phrasèmes qui compte, à son extrémité inférieure, 10 sous-classes aux propriétés sémantico-pragmatiques clairement délimitées (cf. locutions fortes, semi-locutions, locutions faibles, collocations standard, collocations non standard, nominèmes, pseudo-nominèmes, termèmes, formulèmes, sentencèmes).

Le colloque est l’occasion de réfléchir aux phraséologismes, dans toute leur complexité, en établissant un lien explicite avec la problématique de la variation, de l’innovation et du changement linguistique – en français ou dans une autre langue. Cette problématique, centrale dans les annales linguistiques depuis plusieurs décennies, est demeurée dans le champ de vision périphérique des phraséologues – du moins des phraséologues spécialistes du français – à l’exception de quelques cas notables (p. ex. : Lamiroy et al., 2010 et Lamiroy, 2020 sur les expressions verbales de la francophonie; voir aussi Cahiers de lexicologie, no 116, 2020).

Contexte

section icon Thème du congrès 2023 (90e édition) :
100 ans de savoirs pour un monde durable
section icon Date : 9 mai 2023

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