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Pierre Beaucage : Université de Montréal
La Sierra Norte de Puebla, région montagneuse et fertile, densément peuplée par les Nahuas, les Totonaques et les Métis, attire depuis les années 2000 des entreprises extractives, en raison de ses ressources minières, hydroélectriques et pétrolières. Des organisations autochtones comme la Unión de Cooperativas Tosepan, formée dans les années 1970 pour faciliter la mise en marché des produits agricoles, se sont alors coordonnées et ont réorienté leur action vers la défense du territoire contre ce qu’elles ont appelé des ‘projets de mort’ (proyectos de muerte), qui entraineraient la destruction de leurs cultures et de leur environnement. Après des années de lutte juridique, de pressions politiques et d’action directe, elles ont obtenu la suspension ou l’annulation de ces projets (Beaucage, Durán, Rivadeneyra, Olvera 2017). Elles se tournent depuis vers l’élaboration d’alternatives à l’extractivisme, pour assurer le mieux-être de centaines de milliers de villageois, dans le respect de leur culture et de leur identité. Cet objectif, appelé Plan de Vida, est détaillé dans le document bilingue Codice Maseual, produit en 2021, qui est présentement discuté dans les Assemblées bimestrielles des Peuples Maseual, Tutunaku et Mestizo et que nous analyserons.
L’extractivisme s’intensifie et se multiplie sous diverses formes partout sur la planète (Parks, 2021). Au Sud comme au Nord, attirer des capitaux pour les activités extractivistes est désormais au centre des plans de développement économique (Asselin, 2011; Beaucage, 2018) ou de relance économique visant à sortir de la crise profonde mise en évidence par la pandémie de Covid-19 (Dressler, 2021).
Le colloque veut analyser de manière critique les dynamiques de l’extractivisme et rendre visibles les alternatives à ce modèle, comme celles liées à une cosmovision ou ontologie politique (Escobar, 2012) fondées sur des relations harmonieuses entre humains et non humains. Diverses voix critiques s’expriment en faveur d’une sortie de l’extractivisme (postextractivisme) et d’autres conceptions du vivre-ensemble, et promeuvent des stratégies locales et transnationales de résistance contre les projets extractifs (Magaña, 2020; Roca et Perdomo, 2020; Svampa, 2019).
Le colloque se propose de faire un retour sur la notion d’origine de l’extractivisme, depuis les travaux pionniers des Sud-Américains Gudynas (2009), Svampa (2013) et Acosta (2013), pour en explorer de nouveaux sens et usages, comme l’extractivisme ontologique et épistémique (Grosfoguel, 2016). Chagnon et al. (2022) considèrent l’extractivisme comme concept englobant pour comprendre les processus découlant de l’accumulation contemporaine du capital à l’échelle globale et qui organise la vie humaine et non humaine en la conditionnant. Dans ce sens, en s’inspirant des travaux de Preston (2017) sur les travailleurs migrants temporaires, de Morris (2019; 2020) sur les réfugiés et de Wichterich (2020) sur les travailleuses du soin, le colloque souhaite réfléchir à l’application du concept d’extractivisme à des processus impliquant des « ressources humaines ». À cette fin, le colloque propose de penser l’extractivisme non plus au singulier mais au pluriel (« les extractivismes ») afin de rendre possible une multitude de perspectives autour du concept.
Objectifs du colloque
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