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Johanne Collin : Université de Montréal
Si les études abordant le phénomène des smart drugs se sont multipliées depuis quinze ans, c’est néanmoins essentiellement pour appréhender celui-ci sous l’angle de la tricherie et de la déviance face aux normes médicales et institutionnelles, ou encore, sous l’angle des toxicomanies. Sans nier l’intérêt de ces approches, il apparaît toutefois essentiel d’explorer plus finement, à partir de cas concrets, les formes de savoirs, les représentations, valeurs et normes qui sont propres à la pratique quotidienne ou ordinaire de divers métiers et qui semblent commander l’usage de substances et de médicaments différenciés en fonction des habiletés requises. Au-delà de la quête de performance et des exigences de productivité fréquemment invoquées pour expliquer le phénomène, comment "devient-on" en effet concrètement performant dans les milieux de travail et la vie quotidienne aujourd’hui et quel rôle y occupe le recours aux smart drugs ? Comment s'engage-t-on dans la "carrière" (au sens interactionniste du terme) d'usager de smart drugs et quelles transformations identitaires cet usage fait-il plus précisément intervenir ? Ce sont à ces questions que nous nous proposons d’apporter un éclairage sociologique dans cette conférence, dans l’objectif de déconstruire les concepts de performance et d’identité, trop peu interrogés dans les études consacrées jusqu’ici à l’usage des smart drugs.
De l’usage de psychostimulants à celui de microdoses de LSD, le recours à des médicaments et autres substances en vue d’améliorer l’attention, la mémoire, la concentration, l’éveil, la créativité et, plus globalement, les performances cognitives, semble constituer un phénomène de plus en plus prégnant dans les milieux de travail aujourd’hui. Cette utilisation extramédicale paraît s’imposer de plus en plus comme une solution légitime pour faire face aux paramètres de la compétition professionnelle et répondre aux exigences de productivité, d’excellence et de dépassement propres aux sociétés néolibérales. Principalement étudiée sous l’angle de la bioéthique (tricherie, dopage, etc.) et de la santé publique, l’analyse sociologique de cette transformation normative et des modalités de ce recours reste encore à parfaire. À partir de cas concrets, ce colloque vise à explorer les formes de savoirs, les représentations, valeurs et normes de performance qui sont propres à la pratique quotidienne ou ordinaire de divers métiers (par exemple, les bétabloquants chez les musiciens, les psychostimulants et nootropics dans les milieux de la finance, etc.). Entre médicaments et normes, c’est davantage sous l’angle de la banalisation et dans la « perspective de l’ordinaire » (Ogien, 2012) plutôt que du caractère sensationnaliste ou alarmiste du phénomène que nous proposons de scruter ces pratiques pour en cerner les significations sociales. Comment « devient-on » concrètement performant, au quotidien ? Comment s’engage-t-on dans la « carrière » (au sens interactionniste du terme) d’usager de smart drugs ? Quelles transformations identitaires s’opèrent dans la quête de performance et quel rôle y occupe le recours aux smart drugs ? Par l’entremise des contributions empiriques et théoriques, ce colloque permettra d’explorer en profondeur les multiples dimensions que recouvrent les notions de performance et d’identité, trop souvent tenues pour acquises dans l’analyse du phénomène.
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