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Audrey Petit-Bessy : Université de Lille
Le tournant des années 2000 marque, en France, l’institutionnalisation de la politique scolaire d’égalité des sexes. En l’espace de deux décennies, la politique d’«égalité fille-garçons» s’est dotée d’une organisation en apparence assidûment structurée, se prévalant désormais de plusieurs postes et relais, à différents niveaux de l’administration scolaire, dédiés à la promotion de l’égalité: la mise en œuvre de la politique se décline ainsi, selon une logique de ruissellement, de l’administration centrale aux établissements scolaires, en passant par les rectorats. Pourtant, ainsi que l’expérimentation surmédiatisée et tourmentée des «ABCD de l’égalité» en atteste, les résistances se révèlent nombreuses dans la mise en œuvre des leviers d’action identifiés. Cette communication entend mettre à jour les possibilités concrètes de mise en œuvre de la politique, au-delà des ambitions affichées. À partir d’entretiens et de l’étude des trajectoires professionnelles de référent-es égalité à l’échelle nationale et académique, il conviendra notamment de démontrer que, parmi celleux qui font la politique d’«égalité filles-garçons», la plupart accède à ces postes par hasard ou opportunité. À l’appui d’analyses d’archives et des textes qui encadrent la politique dans le système français, il s’agira en outre de dévoiler les mécanismes de priorisation à l’œuvre dans l’action publique scolaire, contribuant à reléguer la lutte contre les discriminations de genre à l’École au second plan.
Dans le cadre du congrès de l’Acfas, la revue Genre Éducation Formation et le GT13 « Éducation et diversité » de l’AISLF, associé au RIED (Réseau international éducation et diversité), organisent un colloque transatlantique, qui propose de traiter la question du genre en éducation.
« On ne naît pas femme, on le devient » : l’importance de la question du genre en éducation est au cœur de la citation féministe la plus célèbre du monde francophone. À partir du moment où il est affirmé qu’aucune nature, qu’aucune biologie, qu’aucun destin préécrit ne permet d’expliquer (et de justifier) le monde social, à l’instant où on admet que « l’intervention d’autrui dans la vie de l’enfant est presque originelle et que dès ses premières années sa vocation lui est impérieusement insufflée » (de Beauvoir, 1949, p. 286), alors la question du genre en éducation et en formation devient centrale pour comprendre l’organisation sexuée de la société.
Comme l’ont souligné les auteures féministes des années 1970-1980, la sociologie française de l’éducation des années 1960-1970 s’est essentiellement préoccupée des inégalités de classes, reportant la « variable sexe » à un niveau secondaire. Après le texte pionnier de Liliane Kandel (1975), qui pointait le fait que le système éducatif français – malgré les principes d’égalité qui l’animent – discrimine les filles et les femmes, des ouvrages fondateurs de ce champ paraissent dans les années 1990. Nicole Mosconi (1989) interroge les effets de la mixité scolaire et crée peu à peu le concept de « rapport sociosexué au savoir » : si tous les individus ont le droit d’acquérir tous les types de savoirs, dans les faits, certains savoirs sont considérés comme tabous ou infamants, naturels ou transgressifs selon sa classe sociale et sa catégorie de sexe. De son côté, Marie Duru-Bellat (1990) rend compte de la façon dont l’école prépare les filles et les garçons à des rôles sociaux distincts. In fine, que l’on parle de didactique ou de pédagogie, qu’on l’aborde de manière transversale ou disciplinaire, qu’il s’agisse d’éducation des enfants ou de formation des adultes, que l’on se situe dans des institutions de formation ou dans des contextes non formels, il s’agit toujours de venir à bout de la hiérarchie inhérente au genre, soit en formant les individus de manière égalitaire, soit en débarrassant l’éducation des inégalités qui la traversent.
Nous vous proposons quatre thématiques :
Ce colloque est ouvert aux chercheur·ses de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales en lien avec l’éducation. Dans le but d’avoir un dialogue transatlantique, nous nous efforçons d’équilibrer les pays communicants. La jeune recherche est bienvenue.
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